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LA. COUPOLE DES INVALIDES

Jean Jouvenet (1644-1717) est beaucoup plus célèbre. Ce Normand de forte race (mêlée de sang italien) était un lier tempérament, un beau peintre, comme on le voit par son portrait du médecin Finot (nommé à tort Fagon), une étude modelée à plat, sans rondeurs, par plans et par arêtes, et comme il n'y en a pas deux alors dans l’école française. Cet homme savait le prix d’une touche, la joie du beau métier. Paralysé de la main droite, il se met à peindre de la gauche, à soixante six ans, et exécute ainsi son grand plafond de Rennes.

Sa Descente de Croix du Louvre (1697) est une date. L'œuvre est vulgaire et pathétique. C’était la première fois qu’on voyait promulgué chez nous, avec autorité, le code d’une éloquence fondée sur la couleur. Ces grands rouges, ce grand corps blafard glissant sur de grandes ombres, cette grande symphonie funèbre et toute en teintes sourdes, n’étaient peut-être pas une nouveauté pour qui connaissait Caravage et les Rubens d’Anvers : mais c’était un événement dans l'école française.

Le dernier-né du groupe, Antoine Coypel (1661-1722), le fils de Noël et le père de Charles, fait un pas de plus dans le sens du mouvement et du bruit, il exagère encore le pathos de Jouvenet. Son Athalie chassée du temple est d’une extrême agitation. Il est facile de voir où tend ce stvle d'Opéra, le faste et le clinquant du décor, cette mise en scène encombrée, et qui cherche à donner le change sur le néant de la pièce par le luxe de la figuration et la grâce des hors-d’œuvre : c'est l’esprit « Régence », c’est le goût du brillant, du joli, qui cherche à se faire jour et se démêle d’un reste de respect pour la grandeur et la noblesse. Supprimez son faux héroïsme, réduisez-le aux éléments purement voluptueux, et vous aurez déjà plus qu’une ébauche de Boucher.

Tous ces traits se résument dans les deux grandes œuvres qui nous restent de ce moment, la coupole des Invalides (1703) et la chapelle de Versailles 1709). Les trois peintres y collaborèrent, et il s’ensuit premièrement un certain manque d’ensemble Rarement aussi chacun d eux fut plus mal inspiré. La Gloire de Coypel, à la voûte de Versailles, avec son Dieu douillet nageant dans un bleu fade, est particulièrement odieuse. Et cependant, le xvme siècle est déjà là tout entier. Déchiquetage des contours, prédominance des vides, tendance des groupes h. peloter, clarté du ton, papillottement, disloca tion des lignes, on ne sait quoi de plus léger, de moins rigoureux, de plus bottant, — c’est tout le rococo, moins la grâce, l’esprit et le sourire...

Les portraitistes : de Troy, Largïllïère et Rigaud. — Heureusement,

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