‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 249 sur 391 · L INFLUENCE DE REMBRANDT · texte numérisé non relu

L INFLUENCE DE REMBRANDT

des « études » dans le goût de Rembrandt ! Le plus curieux de tous est leur aîné Robert Tournières (1668-1752), avec ses petits portraits à la Gonzales Coques, petites scènes de famille d’un goût juste et piquant, et qui tournent très vite à la scène de mœurs, comme dans le Déjeuner d’Auteuil (à Versailles) ou Racine et Chapelle (à Caen).

Et c’est ici enfin qu’il faut placer deux maîtres inégalement célèbres, Antoine Pesne (1683-1757) et Jean-Marc Nattier (1685-1756), le peintre de Frédéric et celui de Mesdames; et j’ajoute que si le seconda connu récemment d'incroyables succès d’enchères, c’est l’autre qui est le meilleur peintre, le plus doué et le plus amusant. L’un et l’autre, quoiqu’on fasse de Nattier une des expressions du xvme siècle, appartiennent en réalité à la période qui nous occupe. C’est d’alors que date leur fonds d’idées. Si Pesne s’est plus d’une fois souvenu de Rembrandt (voir ses tableaux à Sans-Souci), Nattier pour sa part a passé trois années en Hollande (1715-1718). Son premier tableau important, le Maurice de Saxe de Dresde, est une imitation flagrante du Rigaud de 1715 ; et sa banale mythologie, MUo de Clermont en nymphe de Chantilly (1721), ses travestissements de dames en Hébés, en Minerves, en Aurores, en Silences, ne sont qu’un procédé qui vient de Largillière. Nattier jouit quelque temps d'une grande vogue mondaine. Diderot démolit cette gloire surfaite. C’était, pourtant l’époque où Nattier faisait ses meilleures œuvres, les plus simples et les plus aimables, ces portraits de Mesdames, filles de Louis XV, — Coche, Loche, Cbitfe et Graille, comme les appelait leur père — si touchantes à Versailles dans leurs robes à fleurs, dévidant une navette ou jouant de la basse. N’étaient ces quelques morceaux charmants, on serait bientôt las de cette peinture fardée, à l’uniforme éclat de nacre ou de porcelaine : et l’on aurait plaisir à revenir à Pesne, si nous ne devions bientôt le retrouver ailleurs.

Animaliers : Desportes, Oudry. — ,Un dernier genre, encore d’importation flamande, la peinture d’animaux, nôus a donné enfin deux peintres supérieurs : François Desportes (1661-1743) et Jean-Baptiste Oudry (1689-1755).

L’importance de Desportes et son rôle sont un signe des temps. Qui eût dit a Poussin qu’un simple animalier serait mis un jour sur le même pied que Largillière ? Le fait est que Desportes est un peintre excellent.- qu’il faisait la figure aussi bien que les bêtes — voir son jovial portrait du Louvre (1709), où il porte un habit d’un si délicieux lilas —

LES ANIMALIERS

et qu’il louchait le paysage aussi bien que le reste. Son emploi officiel était de peindre les chasses du roi, et il le fait avec un mouvement et un

Jean Marc Nattier. — Mlln de Clermont aux eaux minérales de Chantilly. (Chantilly.)

brio où l’élève de Nicasius rappelle Fyl et Snyders. Mais ces grandes œuvres-là sont en somme peu françaises. Au contraire, rien de plus «nôtre », si jepuis dire, que ses délicates nal tires -mortes, ses lins plumages

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