LES DÉBUTS DE WATT EAU
de gibier, ou que ses vivants portraits (c'est le mot) des chiennes favorites du Roi, Bonne, Nonne el Ponne, Folle et Misse, Tane et Yvette.
El voici la conséquence : le jour où l’on s’apercevra que le premier chien venu vaut après tout 1rs chiens de la meute du Roi, et que ce n'est pas la noblesse que l'on peint, mais le chien, vous aurez les bêtes merveilleuses d’Oudry, le Chien gardant des pièces de gibier ou le Chien surveillant une jatte ; il vous suffira même du sujet le plus insignifiant, d’une Basse et d'un cahier de musique , pour faire des chefs-d’œuvre. Et vous pourrez être, comme Oudry, directeur de Beauvais et peintre de Sa Majesté, vous n’en serez pas moins le précurseur de Chardin.
Tel est le riche et singulier spectacle auquel nous assistons dans cette « fin de siècle » sous Louis XIV. Constituée par Le Brun, organisée par lui à force de volonté, notre école se détache rapidement de lui. On a appris à peindre. On a, en 1700, une foule d’exécutants bien supérieurs à l’auteur des Batailles d’ Alexandre . La palette, rompue à toutes les difficultés, peut désormais tout dire. Comme elle sait imiter et égaler tout le réel, elle n’a que faire de l’idéal. De plus en plus, la grande peinture se videra de son contenu; de plus en plus, l’artiste se donne à ce qui est. Ce mouvement affecte la forme d’une révolte contre Le Brun. Ne soyons pas ingrats ; cette émancipation, c'est lui qui l’a rendue possible. Il a tout préparé. Il a consacré à Versailles, l’avènement de l’école française.
Et puis, s’il était bon d’apprendre le métier, d’embrasser le monde réel, ne risquait-on pas de tout perdre en abdiquant tout idéal? Ce qui manque à ces maîtres parfois si excellents, à Jouvenet comme à Largillière, à Desportes comme à Rigaud, n’est-ce pas un peu de poésie? Mais voici venir le poète, le subtil magicien qui va ramener l’âme d’exil, l’enchanteur qui, du réel même, fera jaillir la joie et la mélancolie! Il est à Paris depuis 1702; il arrive d’où viennent à cette heure tant de choses nouvelles, du pays de Rubens et de van Dyck, et il s’appelle Antoine Watteau.