ANTOINE WATTEAU
La vie de Watteau. — II naît le 10 octobre 1684 à Valenciennes, en Flandre, non loin cle ce pays d’IIesdin, d’où allait nous venir cet autre poète de l’amour, T immortel auteur de Manon. Le pays venait d’être annexé à la France : à dix-huit ans, Watteau accourait à Paris (1702). Ce fut pour y éprouver dix années de misère : il tombe aux griffes des marchands, traverse la bohème, le monde des coulisses, l’Opéra et les filles: puis, le voilà au Luxembourg, chez un nommé Audran, peintre et fonctionnaire, qui l’exploite ; il se décide à lui échapper. 11 concourt pour le prix de Rome, il y échoue, — heureusement (1709) ! Mais peu à peu, le succès commence à lui venir. Sirois, le marchand, s’intéresse à ce « jeune », le présente chez Crozat, le richissime traitant, qui l’héberge, lui commande des dessus de portes, et met à la disposition du peintre son incomparable galerie, sa collection de vingt mille dessins, qui est le premier fonds du cabinet du Louvre. Watteau a des clients, un genre. Le 30 juillet 1712, l’Académie F « agrée » sous un titre inédit, comme « peintre de petits sujets et de fêtes galantes ».
Restait à présenter le morceau de réception, ce qu’on eût appelé autrefois le « chef-d’œuvre ». Watteau ne se pressa pas. 11 lit attendre cinq ans son Embarquement pour Cythère (1717). Cinq ans : plus de la moitié de ce qui lui restait à vivre ! Mais dans toutes ses façons, c’était un être singulier, fantasque, un peu bizarre, un oiseau de passage, inconstant, instable, inquiet : il avait la manie du déménagement. Ses amis se plaignaient de sa misanthropie : ils ne comprenaient pas que c’était un malade. Il suffit pourtant de le voir, son long corps effilé, scs mains maigres, sa bouche crispée : ce qu’ils prennent pour sauvagerie, ce sonl les caprices, les lubies, les chagrins d’un phtisique...
Avec cela, c’était une nature ravissante : on ne pouvait ne pas