‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 268 sur 391 · NATO! RE A L HOTEL DE SOUBISE · texte numérisé non relu

NATO! RE A L HOTEL DE SOUBISE

qu’à nous la place exceptionnelle qu’on lui accorda de son temps? Il lui manque de s’adapter à la mesure de l’époque. Il dépasse, il excède le cadre delà vie. Parva sed apta : c’est la devise du siècle, le siècle des « folies », des « petites maisons », de Brimborion, de Bagatelle. C'est l’heure où le colossal Versailles commence à paraître trop grand ; on y coupe les étages par des planchers, et l’on y loge de « petits appartements ». Au palais à l’italienne, succède cette variante plus française, T « hôtel » ; à la galerie solennelle, on préfère le boudoir. Vauvenargues exprime cela d’un joli mot (1734) : « Il se passe en morale ce qu’on A oit aujourd’hui en architecture: on abandonne la règle pour la commodité. » Dans ces demeures claires, gaies, les bois, les menuiseries, les glaces remplacent les tentures, les sombres et glaciales « histoires ». Où se logera désormais la peinture? Sur les cheminées, les dessus de portes, les « trumeaux », les écrans.

Diviser, détailler l’immense Plafond d' Hercule, le débiter en « morceaux choisis », y prendre les jolies figures, les nudités gracieuses, les mythologies avenantes ; renoncer aux grandes vues, s’adapter à un cadre réduit, accepter les conditions de la vie, sans chercher à lui faire les siennes : c’est toute la formule décorative du siècle. Natoire (1700-1777) est le premier qui fait réalisée dans la délicieuse rotonde de Psyché à l’hôtel de Soubise (Archives nationales, 1737). Il y a là un ensemble à la mode du jour, qui reste un des chefs-d’œuvre du siècle de Louis XV. Natoire, par malheur, s’en alla vivre à Borne, et mourir fonctionnaire, oublié du public. Celte même année 1737, Lemoyne se suicidait dans une crise de mégalomanie. Le terrain était libre, et à ce moment précis, un jeune artiste, élève peu reconnaissant de Lemoyne, revenait d’Italie, tout prêt à s’emparer de la succession. Il allait la garder pendant près de quarante ans, et y déployer infatigablement les ressources du génie le plus divers, le plus fécond et le plus avisé. C’était Boucher.

François Boucher (1703-1770). — Celui-ci est l’homme du siècle, celui qui lui ressemble à la fois par nature, par étude et par inclination, celui qui toute sa vie eut le talent de plaire, qui jamais ne plaça ses ambitions plus haut, et qui par là demeure la plus exacte expression et le plus vrai reflet de son temps.

C’était un Parisien, comme le « roi Voltaire », un cerveau positif, très dénué de chimères, habitué tout jeune à certaines conditions de travail et de plaisir, alternant l’un et l’autre, et se servant du premier

le trouverez guère que chez lui, à Paris, toujours le crayon à la main, à moins que ce ne soit le burin ou le pinceau, travaillant dix heures par jour, pour les libraires, les éditeurs, les Râliments, les Menus-Plaisirs, le théâtre, l’opéra, les Italiens, les Funambules, pour les Manufactures royales, pour les particuliers, les traitants, le Roi, les maîtresses, les

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