LE FOUILLIS DE BOUCHER
la conscience, l'aimable familiarité d’un Hollandais ou d’un Chardin : capable, à l’occasion, d’une observation aiguë, sa vision, je ne sais comment, demeure superficielle. 11 lui arrive de penser à Rembrandt ou à Ostade, comme dans Y Atelier de la salle La Gaze; il est alors minutieux, sans cesser d’être extérieur. Ses petites scènes de « genre », comme le Déjeuner du Louvre ou la Modiste de Stockholm, sont piquantes, papillotantes et tournent à l’image; ses types de la rue ont l'air de déguisements de théâtre. Paysagiste, il n’a jamais su prendre dans la nature que les éléments d’un décor. Le portraitiste a fait quelques pages admirables (la Jeune femme au manchon , du Louvre) ; mais on ne peut dire que ce soient des oeuvres bien physionomiques.
C’est la rançon de son tempérament spécial, d’un « don » que peu de peintres ont possédé au même degré : le tempérament et le don d’un décorateur de génie. En vertu de cette optique spéciale, il est convenu que les choses ne prêtent à l’artiste que leurs dehors brillants; on ne se préoccupe nullement de leur essence, il suffit de ce qu’elles paraissent. Le monde n’est qu’un répertoire de formes légères et lucides, que l’esprit marie à son gré. Avec sa faculté merveilleuse d’assimilation, l’artiste prend de toutes mains, accroît sans cesse ses ressources. Tous les maîtres, Rubens, Venise, la Hollande, TAlbane, les contemporains, entrent dans la composition de cette langue charmante. L’analyse d’un seul tableau, comme le Repos en Égypte (Boston) offre un surprenant amalgame. On y trouve 1° un Bassan troupeaux, bestiaux, etc.), 2° un Chardin (ustensiles, légumes, nature morte), 3° un Poussin (obélisque, pyramide, ruines d’un pont). 4° un Ruysdaël ou un Everdingen (sapins, torrent, cascade), 5° un Rubens : c’est le groupe (délicieux) de la Sainte- Famille, avec la jolie Vierge, le rose Bambino , et la draperie écarlate jetée sur les branchages, 6° (enfin), un « Boucher » : c’est la pastorale bien connue et la charmante oaristys que forme un couple de bergers juchés sur un talus.
On devine ici ce qui plus tard, dans les dernières œuvres, deviendra le fouillis de Boucher. Pour l’instant, on se demandera où réside son originalité? Elle réside d’abord dans la « composition ». Un Boucher de la lionne époque est toujours une merveille d'arrangement. Ce libertin compose autrement, mais aussi rigoureusement, que Poussin; ses ordonnances, moins réfléchies, plus spontanées, ont pourtant leur logique. Ces corps mollement entrelacés, ces abandons, ces peiotonnements, ce joli désordre, ces nuées indécises, ces écharpes, ces essaims d'amours, tout