LE DECLIN DE BOUCHER
' L Cliché Neurdein.
Carie Van Loo. — Déjeuner de chasse. (Musée du Louvre, Salon de 1737.)
plus vraies, et peut-être plus profondes, qu'il n’y en a dans toute la Galerie de Versailles et dans les Batailles d' Alexandre.
Il est vrai que, sur sa fin, le peintre multiplia ces fades bergeries, d’une si vilaine couleur acide, qui témoignent d’une main lasse et d’un mil à demi éteint. C’est à ce moment qu’éclatent les aboiements de Diderot. Le goût déjà changeait. Le vieux maître put entrevoir le jour où sa peinture décriée se vendrait au prix de la toile. Pourtant, au milieu de cette curée, quelqu’un devait mettre le holà. Et c’est David
comme la vapeur d’amour, comme le voluptueux mirage formé de tous les désirs d’un siècle épicurien, — alors, on ne doute plus que Boucher ne soif un maître, et qu’il n’ait exprimé, avec une virtuosité d’ailleurs inimitable et une étincelante fécondité de moyens, des sensations
C Alt LE VAN LOO
lui-même qui dira à ses « fauves» : « Tout beau! N’est pas Boucher qui veut ! »
Autour de Boucher. Carle van Loo. — Mais de son vivant, tout au moins jusqu'en 1760, Boucher est tellement le roi de l’école, que quiconque s’écarte de son genre ou le dédaigne, se suicide. Tel est le (*as de Subleyras (1699-1743). Subleyras alla vivre à Borne et « prit au sérieux » Raphaël et Michel-Ange ; il ne vit pas qu il y a temps pour tout, et se mit à l’écart du sien. Qui parle aujourd’hui de Sublevras?
(Test qu'il n’y a pas de succès en dehors de Boucher II est l’imprésario, le boute-en-train du siècle. Sans parler de ses gendres, Baudoin (1723- 1769) et Deshayes (1729-1765), qui travaillent avec lui et dont le premier, l’auteur du Coucher de la mariée , est connu par son « petit genre lascif et malhonnête », tout le monde, pour un temps, le copie à qui mieux mieux. De Troy, qui par moments a imité Lancret Déjeuner d'hui/res. Chantilly), imite les nudités de Boucher et ses fables galantes {Suzanne et les vieillards, Rouen; Diane au ha in , Angers, etc.). Pour la jeune génération, celle des Lagrenée, des Trémollière, des Taraval, elle est évidemment fascinée par le maître : et c’est de là que sortira tout à l’heure Fragonard.
Un contemporain de Boucher obtint une vogue considérable et passa même, aux yeux des connaisseurs, pour un plus grand artiste : c’est Charles André, dit Carie van Loo (1705-1765), le frère plus jeune de Jean-Baptiste, et l’un des beaux exemples qu’on connaisse d’un talent surfait. Lorsque Voltaire écrit : « Raphaël et Vanloo », c’est Carie qu’il entend. Ce Carie, comme tout son siècle, est pitoyable dans 1 « histoire »; sa Vie de saint Grégoire est la banalité même. Après cela, il était capable d’un bon morceau; et sa pimpante Halte de chasse de 1737, quoique un peu sèche et décousue, montre qu’il aurait fait un très joli peintre de mœurs. Sa gloire inexplicable le désigna aux représailles. Pour railler le mauvais goût, le tarabiscotage, la vaine minutie, le détail amusant, l’école républicaine créa un mot d’argot, conjugua le verbe « van lo ter ». Et qu’était-ce en effet que le genre de Boucher, sans l’ingéniosité, l'invention, l’impétuosité, le génie de Boucher?