‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 285 sur 391 · JOSEPH VERNET ET 1.E PAYSAGE · texte numérisé non relu

JOSEPH VERNET ET 1.E PAYSAGE

Claude et de Salvator; cela donnait l’impression du déchaînement des grandes forces de la nature. Diderot ne se contient pas, il égale ce Marseillais au Créateur lui-même ; il était dieu, comme l’est un machiniste de théâtre. La grande œuvre de Vernet, c’est la série des Ports de France (Louvre, 1755-1765), grands paysages décoratifs et semés d’anecdotes, immenses vignettes, souvenirs un peu panoramiques d’un touriste amusé; telle est bien la mesure du talent de Vernet; c’est un bon décorateur d’antichambres royales.

Le succès l’a gâté : il avait l’étoffe d’un peintre. Ses premières études, encore consciencieuses, faites à Rome, en présence de la nature, sont charmantes, d’une qualité rare d’atmosphère et de lumière blonde. Devant ses petits tableaux du Louvre, le Ponte-Rolto et le Pont Saint- Ange , on se surprend à nommer Corot.

Ce n’est pas, malheureusement, ce bohème de Lantara (1729-1778), qui pouvait suppléer à ce que n’a pas fait Vernet. Toute cette école du xviiC siècle est trop pressée, trop extérieure, pour avoir le vrai goût de la nature. En dépit de Chardin, le principe qui domine est toujours celui de Bouclier. C’est un temps qui n’insiste pas, qui parcourt les cimes des choses, n’en cueille que le parfum. Tout ce que nous venons de voir, intimités, genre, paysage, esprit décoratif, libertinage délicat, toute la poésie du siècle, de Watteau à Vernet, va se mêler une dernière fois, comme pour un feu d’artifice, dans l’impressionnisme de Jean-Honoré Fragonard.

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