AUTOUR DE FRAGONARD
Jean-Honoré Fragonard (1732-1806). — Encore un provençal il était né à Grasse), — et c’est décidément le siècle où le Midi commence la conquête de Paris, et vient y verser sa gaîté, sa turbulence, sa faconde, et ses mœurs fainéantes et demi-italiennes.
Elève, en passant, de Chardin, puis de Boucher, « prix de Rome » à vingt ans, il part quatre ans plus tard et adore, à Venise, à Rome, avec le plus charmant cynisme, l’Italie des derniers « baroques », de Solimène, de Tiepolo. Avec l’ahhé de Saint-Non et son ami Hubert Robert, il assiste en curieux aux fouilles d’Herculanum et à l'exhumation d’une autre antiquité; dans les jardins de la Villa d’Este, il découvre la poésie de la nature italienne (sanguines de Besançon). A Pompeï, Winckelmann construit déjà ses théories. Vers 1800, Chateaubriand inventera la majesté de la campagne romaine. Fragonard, dans ces objets si féconds et si sérieux, ne voit encore que des éléments de plaisir ; cet enfant de volupté ne saisit en toute chose que de quoi exciter sa délicieuse ivresse.
Au retour, son tableau de Corésus cl Callirhoé (Salon de 1765; au Louvre) lit un événement. C’était un grand morceau à tendances « philosophiques », une variation Sur le thème du Sacrifice d' Iphigénie . Le succès fut immense. Diderot écrit vingt pages de dithvrambe. Le tableau, qui est plutôt une grande grisaille (c’était un modèle pour les Gobelins), est d’ailleurs d’une rare beauté; ces colonnes de temple, ces nuages d’encens, ce suicide, cet évanouissement sur les marches d’un autel, dans la fumée des holocaustes, ces remous de l’assistance, ce mélange du mystère, de l’amour et de la mort, ce grand coup de théâtre tragique et nuptial, produisent une sensation profonde. C’était un trouble tout nouveau
LES DÉBUTS DE FRAGONAIUl 373
dans la peinture française. Dans cet art jusqu’alors raisonneur ou sensuel entrait une force inconnue : la passion.
Mais Frajçonard n’était pas l'homme (1rs efforts soutenus. Un fonds de paresse, et plus encore son humeur versatile, ses curiosités d’esprit, sa
Fragonard. — L’Escarpolette. (Collection Wallace. Londres 17(i(i.)