LE PAYSAGE D HUBERT ROBERT
déjà, dans les cimes des arbres, passe le souille avant-coureur des orages d’Übermann.
Le paysage : Hubert Robert (1733-1806). — Le « genre », en effet, un instant réintégré en France par Chardin et par Greuze, n’y a fait au xviii6 siècle qu'une brève apparition : d’une part, avec Fragonard, il se résout dans le lyrisme; de l’autre, il sort de la peinture et rentre dans 1’ ft illustration ».
Il est vrai que, de ce côté, va commencer pour lui une ère de merveilles. Gochin, Moreau le jeune, Carmontelle, les deux Saint-Aubin, Debueourt, il suffît de citer ces noms pour donner une idée de sa fécondité1. Gravures, dessins, gouaches, aquarelles, estampes en couleur, s'offrent à la fois au chroniqueur et à l’observateur des mœurs. C’est là, pour l’historien du xvme siècle, une mine de documents et, pour l’amateur d’art, une source de jouissances exquises. Il est difficile de trop louer ces petits maîtres, la race authentique de Watteau, et à laquelle Fragonard appartient par toute la série de ses dessins et de ses sépias. C’est par eux enfin que se perpétue la tradition du « genre », que Boillv retrouvera sous les doctrines académiques, pour la léguer lui-même à Gavarni et à Daumier. On ne peut, donc les négliger dans une histoire de la peinture, mais ils n’y ont droit qu’à une place « à côté », en raison de cette loi française qui rejette, depuis Callot, le « genre » dans la gravure.
Au contraire, le paysage — comme on l’a vu chez Fragonard, — devient envahissant. L’ami de ce dernier, son camarade de Rome, le parisien Hubert Robert, a-t-il rien produit en ce sens qui vaille les dessins de Jean-Honoré, ses vues de terrasses croulantes et de jardins d’Italie aux avenues de cyprès? Mais, en combinant ces modèles avec l’imitation de Piranèse et de Panini, et avec quelques impressions et notes de jeunesse, Robert eut l’habileté de se constituer un « fonds » qu’il exploita trente ans avec un rare bonheur. Un paysage ne lui coûtait pas plus qu’une lettre à écrire. Dans les vieux monuments de la Provence et de Rome, dans les châteaux de Naples, au bord du Pausilippe, il trouva des éléments inépuisables de pittoresque : des ruines, il se fit une carrière. Ne lui demandez pas de convictions bien sérieuses et de grandes méditations sur l’écoulement des choses. Au contraire, le contraste piquant d’une villa papale convertie en écurie, d’une noble fontaine où barbotent des polissons, où lavent des blanchisseuses; un