LE STYLE LOUIS XVI
déclin <le Boucher, l’école française manque de chefs. Fragonard laisse la place vacante et ne se soucie pas d'en assumer la charge. Parmi ses contemporains et ses imitateurs, il y a de jolis talents, mais personne qui ait l’autorité d’un maître. L’école manque de direction. Elle vit sur son propre fonds, elle se répète avec grâce et en s’amincissant toujours : elle cesse de se renouveler.
D’autre part, on observe, à partir de 1760, les svmptômes d'une profonde révolution du goût . Le style « rocaille ». les élégances chiffonnées du temps de la Pompadour, le désordre lyrique el charmant du siècle de Louis XV, commencent à céder à un besoin nouveau d'ordre, de correction et de pureté classiques. L architecture donne le signal avec les grandes (ouvres de cette époque: la colossale façade de Saint-Sulpice, par Servandoni, le Panthéon de Soufflot, le théâtre de Bordeaux, la merveille de Louis, et la .Monnaie, le chef-d'œuvre d’Antoine, la place de la Concorde et les palais de Gabriel, — toutes ces créations, tout ce décor nouveau se trouvent compris dans un espace qui s’étend de 1750 à 1781t. J je stvle « Louis XVI » est né, el c’est déjà le si vie du Directoire et de l’Empire.
On retourne à l'antique. On vient de découvrir Herculanum et Pompéï 1755) Le Laocoon de Lessing paraît en 1765. En 1765, que reproche Diderot à Boucher? De n'étre pas assez antique. «J’ose dire qu’il est sans goût. Une seule preuve suffira : c'est que, dans la multitude d'hommes et de femmes qu il a peints, je défie qu'on en trouve quatre d’un caractère propre au bas-relief , encore moins à la statue . » Eh ! pourrait répondre Boucher, c’est que je suis peintre ! Mais on veut maintenant de l’art austère et sévère. 11 ne suffit plus même de la morale de Greuze ; on a soif d héroïsme. On trouverait dans Bousseau la liaison de ces principes : morale, nature, vertu, antique. Le type du jacobin commence. « Quand je lis \ Iliade, s’écriait Bouchardon, je crois avoir vingt pieds de haut, et les objets qui m’environnent semblent réduits à des atomes. »
La peinture va bientôt traduire ces idées. Dès 1763, on peut dire que la révolution est faite. Allez à Saint Hoeli : les tableaux qui décorent les deux autels du transept, et qui datent de cette année, contiennent en puissance tout le programme des deux écoles. A droite est le tableau de Doyen, le Miracle des Ardents : un charmant, un brillant tableau, exécuté dans la plus vive manière du xviii6 siècle, dans une gamme bleue et blanche empruntée à Rubens (et Doven, avant de peindre, avait été en