LE TEMPERAMENT ET LE MILIEU ANGLAIS
Et puis, se trouvât-il un peintre en Angleterre, le public le reconnaîtrait-il? Il lui faut alors, comme à l’Américain moderne, des gloires toutes faites, des célébrités établies, îles « marques » renommées : c’est à peine si, par exception, il fait une place, dans les petits genres, à quelques autochtones, comme les miniaturistes Milliard et Oliver, ou à tels bons élèves de van Dyck, comme Dobson 1610-1646, portrait d’Endymion Porter, à la National Gallery) ou Walker (mort en 1658, peintre attitré de Cromwell), dont Samuel Cooper 1609-1672) élargira la manière sur ses minuscules disques d'ivoire.
Cependant, ce Mécène anglais, bourgeois, pair, baronnet, est un maître fort autoritaire, peu facile à conduire. « En arrivant en Angleterre, le talent perd vingt-cinq pour cent de sa valeur » [Stendhal). En réalité la peinture, chez celle race utilitaire, limitée de toutes parts plus sévèrement qu'en Hollande, puritaine, ennemie des nudités, de la fable, de 1’ « art », sans avenue sur l’histoire, sur le monde des idées et des grands sentiments, privée de la vie poétique des créations imaginaires, n'a qu'un usage, une issue possibles relie se réduira au portrait.
Le portrait ! C'est la gloire, c’est presque l’alpha et l'oméga de la peinture anglaise. S il ne manque pas ailleurs de portraits admirables, supérieurs peut-être à ceux de l’école anglaise, il n’y a pas d’autre exemple d une grande école constituée exclusivement par des portraits, et offrant en ce genre une tradition si continue. Aucune nation ne saurait aligner une galerie comparable à ces quatre siècles d'images. Ces portraits réunis formeraient à eux seuls la plus sincère histoire du peuple d’Angleterre, le répertoire presque complet des hommes de mérite qui ont été, à divers titres, les artisans de sa grandeur ; on y noterait enfin, depuis les origines, la présence de certains caractères communs.
C est d’abord l’accentuation du type individuel. L’Anglais (l’homme surtout) ne veut pas d'un portrait llatté. Son orgueil consisterait plutôt à exagérer en sens contraire, à outrer sa physionomie, à insister sur les traits qui la différencient. En conséquence, peu de portraits à la manière française, où l’on peint surtout des costumes et des situations sociales ; pas de portraits collectifs à la mode hollandaise, sinon des groupes de famille (assez nombreux, en revanche), où le ménage forme un petit monde à part et se suffisant à lui-même. Autre corollaire : le portrait sera ordinairement de vastes dimensions, toujours « grandeur nature », le modèle remplissant le cadre, l’occupant tout entier de sa puissante personne; le costume simple, même chez les femmes, donnant une sensa-
CARACTÈRES DE l’eCOLE ANGLAISE 391
tion d’indépendance, de quant à soi et de familiarité; souvent le personnage se fera représenter au milieu de choses lui appartenant, avec son
Cliché Hanfstucng'l.
William Dobson. — Portrait d’Endymion Porter. (National Gallery à Londres.)
chien ou son cheval, rappelant ainsi ses goûts, sa manière d’être particulière,— et presque toujours en action, souvent tirant de l’arc, épaulant son fusil : le portrait anglais est le plus « remuant » de tous, celui qui dégage tout de suite et au premier aspect la plus grande somme de vie physique,.