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LES GENKES ET L INDIVIDUALISME ANGLAIS

Enfin, dans la façon de peindre et dans les habitudes extérieures du métier, cette conception des choses entraîne des pratiques nouvelles : complète absence de minutie, apparence facile et large, grande impression d’aisance, liberté d’exécution allant jusqu'à la brusquerie; en haine de la convention, de la politesse académique, la palette affectera certaines rugosités, un travail esquissé, vif, âpre, peu fondu ; chez les plus réfléchis, les plus calculateurs, on retrouvera cet air de spontanéité franche et primesautière. Le dessin, la plupart du temps, est de qualité inférieure. Ne demandez pas au peintre anglais de fines définitions de la beauté humaine ; il se contente d une impression, rendue avec quelque chose de cavalier ou, comme il dit, de génial et à' humorons ; mais il arrive ainsi, sans effort apparent, à des résultats de toute grâce et de toute poésie, fl y a place d’ailleurs, dans ces conditions, pour toute la variété des dons et des tempéraments : mais la vertu commune à tous les peintres anglais est celle du coloriste. On parle des brouillards et des fumées de Londres ; aucune école, par contraste, n’a davantage aimé l’éclat et la fraîcheur du ton. Aucune n’a fait une telle consommation de blanc. Dans l’arsenal de tous les peintres qui l avaient précédée, elle s’est fait un choix et un assortiment des couleurs les plus vives, en remarquant de bonne heure que la note la plus haute est donnée par le ton pur, et qu’un mélange de deux a plus de force qu’un de trois. De ce principe, le romantisme et ses dérivés ultérieurs tireront dans l’avenir d'importantes conséquences. En attendant, c’est à une telle particularité que les maîtres du xvme siècle doivent cette magie qui est la leur, orsqu'ils expriment la chair et le teint des jeunes beautés anglaises.

Av ee le portrait, le paysage sera, comme en Hollande, le genre favori de cet art protestant. Le squire anglais, fort peu intellectuel, ami du cheval et du sport, raffole de ses immenses prairies, de ce grand tapis vert qui lui sert de champ de courses, et où son habituel plaisir est de forcer un renard en sautant des rivières. Il aimera ce qui lui rappelle ces verdures opulentes, images d’un domaine qui ne change pas de mains, ces beaux horizons gorgés d’eau, où sa vie se passe au grand air. Une immense étendue de côtes, des aspects variés de plages et de falaises, et le naturel intérêt que cette race porte aux choses de la mer, susciteront d’ailleurs une ample peinture de « marines ». Là encore, du reste, le paysagiste obéit à son humeur individuelle ; il s’écarte à la fois, et presque tout de suite, de Ruysdaël et de Claude; il dessine moins, construit moins, il est plus sommaire et plus près de la sensation naïve; sa

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