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LES ÉTRANGERS A ROME

L’exode en Italie. — Le jubilé de l'an 1600 fut célébré avec une pompe extraordinaire. Trois millions de pèlerins accoururent. Giordano Bruno fut brûlé sur le Campo dei Fiori. L’œuvre de la Contre-Réforme réussissait au delà de toute espérance. Rome reprenait son rôle de capitale morale du monde.

Elle en était encore la capitale artistique . Au second tiers du xvi° siècle, dans le grand crépuscule de l’art, on assiste à un spectacle curieux : c’est un dépaysement général des artistes, tous orientés vers ce pôle d’attraction universelle. De toutes les contrées transalpines, une procession ininterrompue de peintres entreprend le pèlerinage des grands sanctuaires de la Renaissance. Rome paraît la ville sainte et la Mecque de l’art. Bertolotti a fait trois volumes des noms de maîtres flamands, néerlandais, français qui vinrent en ces années s’installer dans la ville unique. 11 semblait à ces braves gens, admirables de simplicité, que toute vérité se fût révélée une fois pour toutes sur cette terre bénie à quelques élus, et que la beauté ne devait plus être à jamais qu’un reflet du beau absolu, tel qu’on le voyait défini par ces hommes divins.

Les premiers venus furent, comme toute avant-garde, une génération sacrifiée. Ils arrivèrent trop tôt. Ils rencontrèrent Michel-Ange. Leurs œuvres valent à peine un regard. Elles sont ridicules, scolaires et, au fond, touchantes. Cependant la besogne de ces pauvres artistes ne fut pas inutile. C’est par eux que le langage de l’art se trouva élargi, et la forme taill ée dans une plus riche étoffe. Ils rapportèrent chez eux des mannequins nouveaux qui remplacèrent les types surannés de l’imagerie gothique. Si Karel van Mander n’avait été à Rome copier Michel-Ange, son élève Frans Hais n’aurait jamais conçu la vie contemporaine avec le caractère grandiose qu’il lui imprima. Un agrandissement de la matière plastique, une

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