LE MARIAGE A LA MODE
Le mariage a la mode. — Et il aurait raison : il ne s’agit pas (le perfection pure. L’œuvre d'art n’existe pas indépendamment de son public. La question, au temps de Hogarth, était de créer un art « anglais ». Et il n’est pas douteux qu'il y ait réussi. Par là, son œuvre est une des plus originales de toute la peinture. Afin d’en donner une idée, analysons un de ses chefs-d’œuvre, le Mariage à la mode.
Scène I. — Le Contrat. — Un salon élégant chez le comte, vieux gentleman podagre qui marie son fils unique à la fille unique du shérilf. Surune table, à droite, se trouvent les objets importants du marché : sacs et parchemins, — le marchand apportant ses guinées, le gentilhomme ses titres et ses actes de noblesse. On pèse les termes de la vente. C’est le mariage de Ja roture riche avec la noblesse ruinée. A gauche, dans le fond de la scène, les deux conjoints se tournent le dos; le fiancé prise du tabac avec affectation, et la future « flirte » avec un joli avocat, celui qui a sans doute arrangé toute l’affaire; comme sa main droite n’est pas libre, elle lui abandonne la gauche. Au pied du canapé, deux chiens, un lévrier de race et une braque ordinaire, tirent chacun sur le bout de la chaîne qui les accouple.
Scène 11. — L'intérieur du nouveau ménage, six mois plus tard. — Huit heures du matin ; par terre des cartes, un violon, des cahiers de musique, des chaises renversées. On s’est amusé toute la nuit. Madame s’étire et bâille de toutes ses forces; Monsieur, complètement abruti, s’est, écroulé dans un fauteuil. Un toutou flaire un bonnet de femme qui sort à moitié de sa poche. L intendant, qui est venu parler d’affaires à son maître, et présenter une liasse de notes et d’effets, se retire avec un geste de désespoir et de pitié.
Scène III. — Consultation chez /’ empirique . — Nous avons ici l’explication du bonnet. Le comte amène à la visite la jeune personne qu’il a [irise de confiance et qui se trouve être une marchandise avariée. La matrone qui l’a procurée injurie et menace ; le praticien essuie les reproches avec philosophie. Cependant le jeune objet qui est la cause de l’orage, sanglote et essuie naïvement ses larmes dans un coin.
Scène IV. — Le petit lever de la. comtesse. — Pendant que Monsieur fait des siennes. Madame ne perd pas son temps. 11 y a foule le malin