‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 314 sur 391 · LA VIE DE JOSHUA REYNOLDS · texte numérisé non relu

LA VIE DE JOSHUA REYNOLDS

rendez-vous de l’Angleterre pensante, une espèce de terrain neutre où se rencontraient, sans distinction, toutes les aristocraties du sang, de la fortune et de la gloire. Reynolds prenait au sérieux son rôle, et faisait en gentleman les honneurs de chez lui. Gomme président de l’Académie il prononçait, le jour de la remise des médailles, un discours solennel sur quelqu’une des grandes vérités de la peinture, et remplissait en toute chose, avec une sorte de religion, ses hautes fonctions de législateur de l’art.

Mais, plus encore que de paroles, Reynolds prêche d’exemple. Pas un moment sa production ne se ralentit. Chose plus rare, jamais il ne cessa de progresser. Nul ne connut moins la paresse et l’esprit de routine. De bonne heure, comme son maître Hudson, il avait commencé à réunir une galerie. La vente en rapporta près de trois cent mille francs, qui feraient aujourd’hui beaucoup plus que le million.

C’est qu’il y avait là pour lui une condition de sa pensée. Il aimait l’art non pas seulement en amateur, mais pour s’approprier, par une étude intime, les pratiques des maîtres. Alla-t-il, comme on le prétend, jusqu’à sacrifier des Raphaëls et des Titiens pour saisir, sous leur épiderme, le secret de leur composition ? Il est certain du moins qu’il a défini le talent « l’art d’exploiter les idées des autres », et qu’il a un jour, dans une lettre, attribué quelques-uns de ses échecs à un « désir désordonné de posséder toute qualité qu’il apercevait chez autrui ». Et le fait est que cette préoccupation excessive, la recherche perpétuelle de procédés nouveaux, la complication du métier, ont gravement compromis plus d’une de ses peintures. Pourtant, ces expériences ont eu leur raison d’être. Les questions de technique sont d’une haute importance en art; par de pareilles leçons, Reynolds donnait à ses confrères une idée essentielle : dans une école réaliste, qui écarte par définition la beauté absolue, il réintégrait cependant la notion de la « forme ».

On accuse Reynolds d’avoir, dans ses écrits, fait trop de place à l’imitation, trop peu à l’originalité. Mais, au temps de Reynolds, l’essentiel était justement défaire ce qu’il a fait, et de donner à l’école anglaise une méthode et un style. Sous ce grand professeur, la peinture anglaise fait ses classes, et on ne voit pas qui, dans ce rôle difficile, aurait eu [dus d’autorité. Il ne s’agissait pas d’aller, par jingoïsme, se stériliser dans un « splendide isolement », en refusant de rien savoir du monde extérieur. Après le premier mouvement de révolte, il était nécessaire d’en venir à une culture raisonnée. Cette œuvre d’éducation exigeait infiniment de

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