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LES PORTRAITS DE REYNOLDS

goût : elle fut accomplie par Reynolds avec autant de tact que de zèle et de conscience.

Cette vie magnifique eui une fin assez sombre. Brusquement, en plein travail, à soixante-cinq ans, Reynolds perdit la vue. Il supporta d une âme égale cette cruelle infirmité, et lit courageusement pacte avec les ténèbres. La vie mesure à chacun sa part des biens de ce monde; il eut la pudeur de ne pas se plaindre de la sienne. Il mourut le 23 avril 171)2 L’Angleterre fit à sa dépouille des funérailles presque nationales.

L'oeuvre de Reynolds. — Des sept cents tableaux de Reynolds, les neuf dixièmes, au moins, sont des portraits. Les tableaux d’ « histoire » qu’il a peints, d ailleurs en petit nombre, sont des œuvres d’école qui lui font peu d’honneur. Mais à toutes les époques, il a aimé à faire poser un beau modèle et à le copier dans une belle attitude. C’est à ce besoin d’artiste que nous devons quelques-unes des rares nudités à trouver dans l’école anglaise et, il faut le dire, les plus belles.

Pourtant, quoi qu’il ait fait pour agrandir sa sphère, et s’annexer le domaine des idées générales, Reynolds n’a jamais été qu’un peintre de portraits ; et c’est comme portraitiste qu'il atteint à I « histoire ».

Et d’abord, par le nombre et la nature des personnages, son œuvre forme le tableau de l’Angleterre contemporaine, politique, militaire, aristocratique, littéraire: c’est le miroir le plus fidèle où le pavs d’aujourd'hui puisse contempler son passé.

Il ne manque pas d’ailleurs, dans toutes les écoles, de physionomistes plus délicats et plus habiles cà saisir les nuances un peu subtiles de la vie intérieure. Dans l'ensemble, l’humanité que représente Reynolds a plus de corps que d'esprit; ses apparences phvsiques ne révèlent que des sentiments élémentaires. Mais cela même est un trait de ressemblance de plus : l’Angleterre du xvni0 siècle manque un peu de raffinement et de culture ; ses idées sont solides et courtes. La peinture de Reynolds était faite à souhait pour rendre cette manière d’être robuste et simplifiée, cette santé superbe et un peu matérielle. Elle a de forts empâtements faits au blanc de céruse, des substructures épaisses sur lesquelles jouent puissamment les matières colorées, enveloppées encore de glacis successifs et de vernis dorés; joignez à cela, dans l’économie des lumières et des ombres, des partis pris frappants, l’emploi le plus ingénieux et le plus habile du clair-obscur; joignez-y la netteté des définitions plastiques, la clarté de la pantomime, l'esprit de l’attitude : tout

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