LE PAYSAGE DE WILSON
un miroir placé au centre des choses pour en concentrer les lumières et refléter le ciel. Pourtant Wilson est un beau peintre. Ses vues d'Italie sont charmantes : il a des études qu’on a pu comparer à Guardi. Les dures critiques de Reynolds contre sa Niobé , qui est loin d’être le meilleur de ses tableaux, n’ôtent rien à la valeur de l’œuvre de Wilson. C’était un œil qui s’attachait aux grands phénomènes de l’atmosphère, un esprit noble et calme, épris des spectacles solennels que donnent chaque jour les matins et les soirs. A étudier ces nuances changeantes et sereines, ces grandes variations de la vie universelle, Wilson passa une existence féconde et mal servie par le succès. Sa fin fut misérable. Sans doute, les « effets » exploités par l’artiste ne diffèrent pas essentiellement de ceux qu’avaient déjà traités un Cuyp ou un Jean Botli. Mais, avant de trouver les choses particulières et la physionomie spéciale du paysage anglais, peut-être fallait-il commencer par les vérités générales. Wilson a eu le mérite d'incorporer le premier les « lieux communs » de son art à la tradition anglaise.
C’est toutefois Gainsborough qui fonda en ce genre l'école nationale.
Paysagiste, Gainsborough est l’élève des Hollandais, et surtout de Ruysdaël, comme Wilson l’est surtout de l’école romaine. Ses premières œuvres ont presque le caractère de pastiches. Bientôt cependant, l'artiste, plus fidèle à l’esprit qu’à la lettre de ses modèles, sut trouver autour de lui, dans les campagnes où il vécut, une foule de motifs aimables, et faire à sa manière, pour les paysages du Suffoik, ce que les maîtres d’Haarlem et de La Hâve avaient fait pour les dunes et les bois de leur pays. Son œuvre est déjà le répertoire des grands thèmes qui seront repris par toute l éeole ; plus d'un site, où plus tard Constable revint s’asseoir, fut inventé par Gainsborough. 11 découvre les grâces de l’Angleterre champêtre. Même quand, dans la pratique et le détail du métier, il imite encore la Hollande, il reste « nature », il est agreste. « Je crois voir Gainsborough dans chaque haie », écrivait Constable, à Ipswich. Et ailleurs : « Le paysage de Gainsborough est doux, tendre, émouvant. Il touche jusqu’aux larmes, on ne sait pas pourquoi. La lande fréquentée du berger solitaire, le retour du bûcheron avec sa serpe et son fagot, l’allée ou le vallon pleins d’ombre, la petite paysanne à la fontaine avec sa cruche, voilà ce qu’il se plaisait à peindre, avec un raffinement qui ne forçait pas la nature. » Tels sont bien, en effet, ces beaux tableaux. T Abreuvoir, la Chaumière , le Char de la moisson. Plus tard, dans ses dernières œuvres, la technique de l’artiste s'affranchit des pratiques un