WILLIAM BLAKE
grande tradition religieuse, on admet les divagations du rnystagogue Swedenborg. Et, au milieu de celte anarchie intellectuelle, voici l’immense ébranlement causé par la Révolution française; pendant vingt-cinq ans, l’Angleterre sérieuse se crut, avec horreur, en face de l’Antéchrist...
En ce temps-là, vivait à Londres un bonhomme singulier, appelé William Blake (1757-1828). C’était le fils d’un bonnetier; il était né le jour de la mort de Swedenborg, et voyait un mystère dans cette coïncidence. Sans aucune instruction, il était à la fois poète, dessinateur, musicien ; il composait ses vers et les illustrait, sans cesser de chanter à mi-voix. Il publia ainsi son premier ouvrage, la Chanson de l' Innocence, suite de petits poèmes naïfs enluminés de naïves gravures. Bientôt Blake devint complètement illuminé. 11 dialoguait avec les esprits, l’invisible ; Milton lui récita un chant inédit du Paradis perdu. Le bonhomme n’en vivait pas moins fort besogneux, servi et soutenu par le dévouement de sa femme; elle croyait en lui, et il était heureux.
Blake n’est pas un peintre ; il n’a fait que des eaux-fortes, rehaussées de blanc et de bleu, d’un ton clair et limpide. Ces coloriages ingénus développent pourtant des tableaux pour lesquels ce ne serait pas trop du génie de Michel-Ange. Ce sont des visions d’Apocalypse, les Portes du paradis, le Livre de Job, Urizen , ou la fin de Satan. Beaucoup de grandiloquence, beaucoup de formes vides, d’imagination nuageuse et bégayante. Pourtant, avec toutes ces faiblesses, Blake intéresse encore ; ses falotes improvisations, pareilles à des rêves d’enfant, touchent mieux que les « machines » savantes et compliquées. Il arrive que ses esquisses respirent un sentiment sublime, un souffle grandiose. C’est l’honneur de Blake, que les Préraphaélites saluent en lui un précurseur.