‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 333 sur 391 · WILLIAM BLAKE · texte numérisé non relu

WILLIAM BLAKE

grande tradition religieuse, on admet les divagations du rnystagogue Swedenborg. Et, au milieu de celte anarchie intellectuelle, voici l’immense ébranlement causé par la Révolution française; pendant vingt-cinq ans, l’Angleterre sérieuse se crut, avec horreur, en face de l’Antéchrist...

En ce temps-là, vivait à Londres un bonhomme singulier, appelé William Blake (1757-1828). C’était le fils d’un bonnetier; il était né le jour de la mort de Swedenborg, et voyait un mystère dans cette coïncidence. Sans aucune instruction, il était à la fois poète, dessinateur, musicien ; il composait ses vers et les illustrait, sans cesser de chanter à mi-voix. Il publia ainsi son premier ouvrage, la Chanson de l' Innocence, suite de petits poèmes naïfs enluminés de naïves gravures. Bientôt Blake devint complètement illuminé. 11 dialoguait avec les esprits, l’invisible ; Milton lui récita un chant inédit du Paradis perdu. Le bonhomme n’en vivait pas moins fort besogneux, servi et soutenu par le dévouement de sa femme; elle croyait en lui, et il était heureux.

Blake n’est pas un peintre ; il n’a fait que des eaux-fortes, rehaussées de blanc et de bleu, d’un ton clair et limpide. Ces coloriages ingénus développent pourtant des tableaux pour lesquels ce ne serait pas trop du génie de Michel-Ange. Ce sont des visions d’Apocalypse, les Portes du paradis, le Livre de Job, Urizen , ou la fin de Satan. Beaucoup de grandiloquence, beaucoup de formes vides, d’imagination nuageuse et bégayante. Pourtant, avec toutes ces faiblesses, Blake intéresse encore ; ses falotes improvisations, pareilles à des rêves d’enfant, touchent mieux que les « machines » savantes et compliquées. Il arrive que ses esquisses respirent un sentiment sublime, un souffle grandiose. C’est l’honneur de Blake, que les Préraphaélites saluent en lui un précurseur.

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