LE BAMBOCHE ET LES BAMBOCHADES
a ainsi son importance. Mais il faut avouer qu’elle est surtout historique.
Le rôle de Pieter est d’avoir aidé l’art italien à dégager de la peinture d’« histoire » toutes les variétés de la peinture de « genre ». On commença par un genre noble, la peinture militaire, qui devait avoir du succès en ce siècle de guerres. Ce fut la spécialité d’Aniello Falcone (1600-1665), T « oracle des batailles », qui fut le maître de Salvator, et qui organisa, pendant la révolution de Masaniello, la fameuse Compagnie de la Mort Michel- Ange Cerquozzi (1602-1660), « Michel-Ange des batailles », ajouta à cette branche guerrière divers sujets de chasse et de nature-morte. Ce sont les premiers Italiens qui soient demeurés absolument étrangers à l’art religieux. Benedetto Castiglione (1616-1670), de Gênes, traita en toiles colossales les ménageries, les bergeries, les poissonneries, toute l’Arche de Noé pittoresque de Paul de Vos et de Snyders. La majestueuse abstraction de la Renaissance n’avait, connu l’art et la vie que sous une forme absolue. Le xvne siècle rompt les digues de toutes paris, et précipite dans la peinture le torrent des réalités.
Conclusion. — Ainsi, de 1580 à 1610, une transformation profonde s’opère dans les arts. On peut dire qu’à la mort d’AnnibalC arrache et de Caravage, toutes les formules de la peinture moderne sont arrêtées. Le style et les idées sont prêts. L’erreur a été de considérer ce moment comme un âge de décadence. Il s’agit au contraire d’une véritable rénovation. Tous les liens sont décidément rompus avec le passé. Le naturalisme triomphe. Une ère nouvelle s’ouvre. La peinture s’organise enfin comme peinture, elle dispose, au moins en puissance, de toutes ses ressources ; elle détermine son domaine, s’enhardit de plus en plus à se passer des lignes, à se servir du ton plutôt que de la forme et, pour poétiser les choses, elle invente le clair-obscur. Les genres se multiplient. L'art se fractionne et s’analyse pour égaler la richesse elle-même de la vie et s’adapter à tous les aspects du réel. Le vocabulaire s’enrichit d’une foule de néologismes, la syntaxe s’ordonne suivant des règles inédites, la langue dans son ensemble devient plus pittoresque, moins guindée et plus personnelle. Dans ce grand siècle mélomane, la peinture elle-même parle le langage des émotions.
Ces traits généraux conviennent, à peu d’exceptions près, à tout le xviie siècle. Ils sont déjà tout définis chez les « éclectiques » et les « naturalistes ». Au fond, ces deux écoles se ressemblent plus qu’elles ne le