‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 342 sur 391 · LE ROLE DE [/ÉCOLE ANGLAISE · texte numérisé non relu

LE ROLE DE [/ÉCOLE ANGLAISE

el les grâces fluides de son art vaporeux, et finit par mourir, grisé par le succès et par la manie des grandeurs. Ses médaillons, très clairs, très légers et très « flous », où l’ivoire joue un rôle important, sont isolément d'un grand charme, et en masse d’une grande monotonie. C’est un infatigable fabricant de sylphides. Il fait, dans ses petits cadres, une véritable débauche de bleu et d’idéal Auprès de lui, Isabey paraît presque naïf. Nous lui préférons aujourd’hui Engleheart (1752-1829), ou le scrupuleux Smart, et même les Plimer (Nathaniel, 1757-1822; Andrew, 1763-1837). Mais ces petits-maîtres, malgré les prix qu’atteignent leurs ouvrages (se défier des contrefaçons !), n’ont jamais qu’une note, qu’ils répètent à satiété; c’est une goutte de talent délayée dans des milliers de tasses; encore n’y trouve-t-on le plus souvent qu’une réduction des idées de la « grande peinture », laquelle ne se pique pas déjà de tant de variété. Mais on verra toujours avec curiosité ou attendrissement ces bibelots, auxquels s’attachent des souvenirs de famille ou d’amour.

Nous ne pouvons pas suivre plus loin l’école anglaise. Au moment où nous la quittons, Constable, Crome, viennent de mourir ; Lawrence n’a plus que peu de temps à vivre. Turner, enfin dégagé de l’imitation de Claude, commence son éclatante carrière personnelle. Après un instant de réaction académique (West, Füssli), la grande tradition nationale s’est épanouie de plus belle; Lawrence succède à West à la tête de l’Académie. A cette heure, vers 1820, l’école anglaise triomphante, promenée en Europe par Lawrence, est pour quelques années la première du monde.

Or, en France, à la même époque, finit l’école impériale. David meurt à Bruxelles en 1825. En l’absence d'un chef, et pendant l’interrègne, c’est vers Londres que se portent les regards de la jeunesse. Déjà, pendant l’émigration, Danloux avait montré le chemin. Un Anglais élevé en France, Bonington, resserre les liens, sert à nouveau de trait d’union. En 1819, Géricault va exposer à Londres sa Méduse ; Delacroix l’accompagne, visite Wilkie et Lawrence. En 1824, Constable expose à Paris, et Delacroix sortant de cette exposition, repeint entièrement, dans une gamme nouvelle, son chef-d’œuvre de cette année, les Massacres de Scio. Tous ces faits montrent assez l’importance de l’école anglaise : elle semble mise en réserve pour sauver et réintroduire dans la peinture européenne le grand esprit de Rubens, déposé chez elle par Yan Dyck, et cultivé ensuite par Reynolds, Gainsborough et Lawrence.

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