‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 347 sur 391 · RAPHAËL MENGS · texte numérisé non relu

RAPHAËL MENGS

métrie. Erreur profonde, qui est celle de tous les intellectuels, et de Y Art poétique de Boileau comme du Laocoon de Lessing ! Elle fut fatale à l’art allemand; la plante divine, qui avait porté jadis ses fruits au bord de la mer d’Ionie, se refusa à fleurir sur les rives du Rhin. Goethe, sans doute, par un miracle de volonté et de culture, parvint à se créer une mentalité « olympienne » ; le romantique qu'il était se convertit à l'hellénisme : il écrivit Iphigénie. Mais, d’un pareil effort, la peinture allemande acheva de périr ; elle se suicida par la chimère de vivre en dehors de toute contingence, dans l’atmosphère glacée des idées générales. L’œuvre de Mengs et de Garstens est le mémorable exemple de cette banqueroute.

Raphaël Mengs 1778-1770). — Ce Mengs, la grande victime des idées de Winckelmann, est le plus beau cas connu d'un esprit perverti par un enseignement détestable. Il y a de lui à Dresde et à Madrid des portraits aimables et consciencieux, qui promettaient un peintre honnête et sans génie, si l’éducation qu'il reçut ne l'avait définitivement dévoyé.

Son histoire est d’une délicieuse ironie. Son père, dès sa naissance, le destinait à être le plus grand peintre du monde : il lui donna les noms d’Antoine et de Raphaël, en souvenir des deux grands hommes (Raphaël et Corrège) dont il devait cumuler Je double génie. Jamais enfance ne fut plus jalousement couvée : c’est au point que, pour lui épargner toute impression de laideur, l’enfant fut condamné à ne sortir que la nuit. A douze ans, on le mène à Rome, pour le mettre en présence de son glorieux patron; et, pour qu'il s’imprégnât à loisir de beauté, son père l’enfermait à clef dans une salle du Vatican, où il lui apportait lui-même un déjeuner frugal.

Alors, l’adolescent fut ramené à Dresde, où il exécuta les portraits dont j’ai dit un mot. A seize ans, il était connu de toute l’Allemagne comme le prochain rénovateur de la peinture; et à dix-sept ans, il était le peintre ordinaire du roi.

Mais son terrible père rêvait encore pour lui de plus hautes destinées. Ce n’est pas pour si peu qu'il l'avait élevé avec des soins si tendres. 11 le ramena à Rome, où le jeune homme, pour être le plus à même de continuer l’œuvre des grands peintres de la Renaissance, eut le scrupule touchant de se faire catholique. Et il perfectionna encore la formule paternelle, lorsqu’au dessin de Raphaël et au clair-obscur de Corrège, il décida de joindre encore la couleur de Titien. Mais rien ne pouvait

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