LA PEINTURE EN ESPAGNE. — GOYA
Bayeu. — La seconde des grandes péninsules latines, l'Espagne, sous le régime des Bourbons, semble tomber à son tour, dans un somme léthargique. A la magnifique école nationale du xvne siècle, succède une ère d’imitations. Palomino y Yelasco (1653-17 26) , le Vasari espagnol, est déjà moins peintre que critique. Les princes maintenant s’adressent à l’étranger. Philippe Y, fondateur de l’Académie de San-Fernando, y appelle successivement trois directeurs français — Houasse, Ranc et Michel Vanloo. Ferdinand Yl et Charles IV ouvrent de nouvelles académies, celles de Valence, de Mexico et de Saragosse ; ils tentent de ranimer l’académie de Séville ; ils font ce qu’ils peuvent, invitent des artistes célèbres; après les Français, des Italiens, Luca Giordano, Tiepolo ; apprend-on qu’un astre nouveau vient de se lever à Rome pour régénérer la peinture, vite on fait venir Raphaël Mengs. Rien n’y fait : bonne volonté perdue; à Madrid comme ailleurs, Tiepolo prodigue les merveilles de sa fantaisie immortelle ; la peinture espagnole ne ressuscite pas.
Chose étrange! Que manque-t-il à un Villadomat (1678-1755) pour être un grand peintre espagnol, un Murillo catalan, après le Murillo andalou? Rien de plus, semble-t-il, que d’ètre venu au monde dans une heure plus fortunée. Un des secrets du génie est de naître à propos; il ne faut pas manquer son entrée. Après cette dernière étincelle, étouffée et précaire, du génie indigène, il n’y a plus que des peintres à la mode, d’habiles copistes qui répètent convenablement les phrases étrangères. Le meilleur de ces « reflets » est Don Francesco Bayeù (1734-1795) : mais ce n’est qu’un reflet. Dans les églises de Madrid, de Tolède, d’Aranjuez, de Saragosse, son fertile talent multiplie des fresques claires et faciles, agréables « à la manière » de Giordano et de Tiepolo. On trouvera du