LE TEMPERAMENT DE GOYA
bosses; jusqu’à quinze ans, îles coups de couteau et des combats de fronde avec les montagnards des paroisses voisines ; puis, la fugue classique à Madrid, el la vie d’étudiant, vie d’intrigues, de liaisons, de frasques et d’escapades; vie de dangers aussi : une nuit, on ramasse Goya avec un coup de poignard dans le dos. On le cacbe, on le guérit, ei il va prendre l’air à Home. 11 y ébahit la galerie par ses extravagances, y fait le muscadin, l’amoureux el le bretteur, enlève une religieuse, el esquive à grand’peine, grâce à l'ambassadeur, les foudres du Saint-Office. On le rapatrie en Espagne. Il a trente ans, il est célèbre, académicien, peintre de la cour, illustre par ses portraits comme par ses fredaines, mêlé à toutes les cabales, et remplissant Madrid du bruit de ses bons mots et de ses aventures galantes. Fort répandu dans les coulisses et les loges d’actrices, assidu aux redoutes, aux bals, aux corridas , duelliste, homme à bonnes fortunes, amant de la Tirana, enlevé bruyamment par la duchesse d’Albe, il est le lion du jour, et le type complet du « roué » du temps de Charles IV, — ce qui ne l’empêche pas de se souvenir, une fois l’an, qu'il est marié, et de faire à sa femme, en passant (c’était la sœur de Bayeù) une vingtaine d’enfants.
Cela continua ainsi jusqu’à la chute de la dynastie et à l’arrivée des Français, et jusqu’au sursaut de révolte qui secoua le peintre sexagénaire, avec toute sa race, contre l’oppression et la tyrannie du conquérant ; et puis, c’est la colère du vieillard contre la restauration d’une monarchie décrépite, inquiète et jalouse; et l’exil volontaire à Bordeaux, parmi un cercle d’émigrés et de mécontents, où se cache sa vieillesse morose et. indignée; — si bien cachée, en vérité, que lorsqu'il fut question, en 1899, de ramener à Madrid les restes de Goya, l’Espagne ne put reconnaître, dans la fosse où il gisait avec Goieoeehea, le dernier de ses grands enfants et, — avec Gervantès, — - le plus « national » de ses peintres.
L'oeuvre de Goya. — - Plus que pour aucun autre, cette biographie est nécessaire, tant le tempérament de Goya domine son existence, et tant celle-ci à son tour se reflète dans son art.
Merveilleusement doué comme praticien, d’une habileté surprenante et peut-être sans seconde, cet homme, qui devait exécuter des centaines de tableaux, de dessins et d’eaux-fortes, ne se presse pas de commencer; jusqu’à trente ans, il sent, il attend, il regarde : il sait qu'il a devant lui quatre-vingts ans à vivre. Quand il débute, de l’art il sait à peu près tout.
Goya. — La Romeria de San Isidro. (Musée du Prado à Madrid vers