‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 363 sur 391 · L’IMPRESSIONNISME DE GOYA · texte numérisé non relu

L’IMPRESSIONNISME DE GOYA

Dou. Goya, dans ces dimensions, transporte la largeur de faire et les « effets » de Tiepolo. Le travail des Hollandais consiste à effacer la touche et à s’évanouir eux-mêmes dans 1’ « objet » : chez Goya, chaque coup de pinceau est visible, il agit par son empâtement, par la manière glissante, rugueuse, tournoyante dont il est posé sur la toile, toujours pur, et donnant à ces tableaux de mœurs, dans leurs petits formats, le double lyrisme de la couleuret d'un emportement ou d’une improvisation géniale. Chaque note colorée, dans cette manière particulière, définit à la fois la forme de l’objet, sa valeur pittoresque, avec l’émotion du peintre. Ce style, tout en « impressions », agit sur le spectateur d’une façon électrique. Joignez-y un instinct profond de l’atmosphère et des ombres, l’entente consommée des ressources du clair-obscur, le sentiment le plus vif de ce qu’un tableau, vu de loin et considéré comme « tache », peut exprimer rien que par le « ton », — vous aurez une idée de ce que sont ces petites scènes de carnaval ou de la rue, del Église ou de la prison, Y Enterrement de la Sardine, les Flagellants, le Tribunal de F Inquisition, la Maison des fous ou la Romeria de San Isidoro. La Romeria reste le chefd’œuvre de cette manière étincelante. L’incroyable mouvement de cette foule minuscule, la tonalité délicate, argentée de l’ensemble, le charme du site, de la lumière, le piquant d’une fête madrilène où toute la ville, gueux, bourgeois, sort en cohue joyeuse sur les berges du Mançanarès, les ombrelles, les chevaux, les gardes, les carrosses, la décision de chaque groupe, la clarté répandue dans ce pêle-mêle de motifs, l’impression exquise de cette page d’album ayant la poésie d’une « fête galante », font de ce petit tableau un morceau hors ligne, un bijou d’exécution, qui a dû être le désespoir d’Eugène Boudin et de Manet.

Mais Goya ne se contente plus de ces petits formats. 11 ne craint pas pour ses personnages les honneurs de Y « histoire ». Sans doute, depuis longtemps, la peinture des gueux était populaire en Espagne. Mais pour Velâzquez même, comme pour Murillo, le gueux restait toujours du sexe masculin. Personne encore n’avait « osé » le côté féminin des choses, Goya vient combler cette lacune. Dans une peinture jusqu’alors ecclésiastique et « mâle », il verse un contingent brusque et charmant de femmes : par là, il est encore plus « laïc » que Velâzquez, achève de constituer en Espagne l’art profane.

Et quelles femmes ! Le monde des manolas, des coquettes lilles aux lèvres peintes, aux yeux arabes, qui composent au pays une gloire amoureuse. Nul comme Gova n’a su les voir, d'un regard à la fois plus

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