‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 364 sur 391 · LES FEMMES DE GOYA · texte numérisé non relu

LES FEMMES DE GOYA

amusé et plus sensuel, plein de curiosité, de malice, d’ardeur et de convoitise ; nul n’a mieux tiré un bas de soie sur une jambe maigre et bien faite, décoché une oeillade sous la frange de la mantille ou sous l’aile de l’éventail, rendu le coup de reins qui fait tourner les jupes et battre la basquine, et donne à la démarche l’air d’une fuite provocante. Nul n’a exprimé comme lui — dans le magnifique tableau de Londres — l’air de défi, d’amour et d’élégance canaille d’une Carmen de carrefour, — ou, dans le tableau du duc de Marchena, les bouquets de jeunes plaisirs, de sourires

sarrazins, d’agaceries et de paillettes, qui se posent h tous les balcons. Et enfin, dans cette œuvre plus que voluptueuse, voici l’œuvre d’ « artiste », le célèbre diptyque, la double Maja du Prado, la Vestida , la Desnuda : deux fois le même modèle, dans la même attitude, sur le même sofa, mais non dans le même costume. La Maja nue — la seule de ce genre qu’il y ait en Espagne depuis la Vénus de Velâzquez, mais plus hardie, moins esquivée, avec son intrigant regard, son corps fin, ses genoux délicats, est un charme, et l’œuvre peut-être la plus accomplie de l’auteur.

Ces tableaux l’ayant mis à la mode, Goya devint le portraitiste en titre du beau monde. Et il est, en effet, avec Greco et Velâzquez, le plus grand des portraitistes espagnols, un des premiers du monde, peut-être le j) lus personnel de tous. Ce qui frappe, dans ces innombrables tableaux, c’est ce qu’ils ont, pour ainsi dire, d’immédiat et de foudroyant; jamais

Goya. — La « Maja habillée ». (Musée du Prado à Madrid.)

Page 1