LA PEINTURE FLAMANDE ET LA UENAISSANCE
prompt des dissolvants. Il y eut des victimes. L’Allemagne ne réussit pas à se refaire un art, ni selon l'humanisme, ni en dehors de l’humanisme. Il est vrai qu’elle prit sa revanche en musique.
Mais cette besogne destructive, ce vandalisme de la Renaissance eurent leur côté salutaire : ce fut de libérer de l'alliage gothique et de mettre à découvert le tempérament artistique de chaque peuple. L'événement du siècle est la constitution des monarchies organisées. L’Europe politique se précise dans la chrétienté. Les consciences nationales s’éveillent. Un progrès parallèle se dessine dans l’art. Les linéaments principaux des grandes écoles européennes apparaissent.
Au même moment, Bologne promulgue les conditions et publie les premiers exemples de la peinture nouvelle. Cet art, étudié sur place par une multitude d’étrangers, propagé au dehors par ses missionnaires Jésuites se répand avec une force d’expansion inouïe. C’est lui qui va régner, à son tour, sur tout l’Occident. En même temps, il est si souple, si divers, si ample et pourtant si docile, de principe si impressionnable ou si impressionniste, qu'il va pouvoir convenir aux races les plus différentes, répondre à leurs besoins intimes, traduire leurs idées spéciales, s’acclimater partout, se faire à tout, suffire à tout. Au latin raide et scolastique, succède l’ensemble des langues vivantes. Le vaste diocèse pittoresque de Bruges se sépare en nationalités indépendantes : de ses débris vont naître des écoles espagnole, hollandaise, française et. la première de toutes, une nouvelle école flamande, celle d Anvers.
Le xvie siècle. Les romanistes. — Le xvi® siècle n'a pas laissé en Flandre un seul grand nom. Entre ce qui précède et ce qui suit, les mémoires demeurent écrasées. On dirait un trou noir entre deux siècles de génie. En réalité, c’est un âge étonnamment fécond. Il n’en est guère de plus actit, de plus laborieux, de plus vraiment utile, ni qui offrît peutêtre plus de procès à revoir et de jugements à réformer.
Le fait qui domine tout., et parfois cache tout, c’est le prodigieux attrait de l'Italie. Toute la peinture gravite autour de Rome. « Rome, la ville illustre, la belle séductrice, tant ornée d’œuvres d’art, qu elle semble créée pour les peintres » [van Mander). Quiconque y a vécu, est sûr d’en rapporter un style « qui passe en excellence l’ancienne manière néerlandaise » ( ibid .). Tous y courent : J. Gossaert, de Maubeuge, dit « Mabuse » (1470-1520 ?), Bernard van Orley, de Bruxelles (1490-1542) et Coxie (1499-1592), Michel Coxie, qui se fait appeler Raphaël Coxie, car