LES ORIGINES DE 1/ ÉCOLE D ANVERS
sissent et s'étoffent, forment autour du draine un chœur à plus d’échos et de retentissements. Le nu fait son entrée en scène dans un art jusqu’alors fort vêtu, c’est-à-dire qu’on va distinguer entre le costume et l’habit, et que la draperie est conçue dans son usage pittoresque, soit comme tache colorante, soit comme élément d’ expression. En deux mots, on s'avise du pouvoir de la forme. De 1 « ancienne manière néerlandaise », on
conserve l’esprit vigoureusement naturaliste, on rejette les modes archaïques et surannnées. Ainsi se poursuit le rôle artistique de la race, sorte d’élément vagabond et assimilateur, créé pour l’absorption des idées étrangères, pour en éliminer les principes nuisibles, corriger les abstractions par sa robuste vie, ranimer à ce contact la santé et la force où elles risquaient de s’anémier, et disséminer par le monde les œuvres et les exemples.
Les oeuvres Floris, de Vos, Francken, Veenius. — Tout ce qui prépare Rubens, l’annonce et v conduit, n’a pour ainsi dire qu’un intérêt impersonnel. On voit se forger peu à peu le s t\ le de Rubens, et l'on mesure ainsi sa grandeur véritable. Car Rubens, comme la plupart des grands maîtres, n’a pas créé sa langue. Il en a trouvé les formules à peu près toutes faites. Ce qui lui est propre, c’est de l’avoir parlée avec génie.
Ainsi considérées, ces œuvres métissées du Nord et du Midi prennent une valeur de préface. On s’amuse d’y rencontrer sous des dehors ultramontains, pas toujours les meilleurs, tant de marques souvent incongrues de l’humeur indigène. C’est ce qui arrive, par exemple, à ce Frans Floris (1517-1570), peintre, sculpteur, en son temps nommé T « Incomparable », et qui eut le dangereux honneur de former 150 élèves. 11 fut le Vasari d’Anvers. Il y installa un maniérisme prétentieux et glacial. Et cependant sa Chute des Anges (Anvers, 1554) montre, à travers toutes les corruptions du style, un fond de tempérament original et rebelle. Le naturel du crû se démasque et s’en donne tout son soûl en turbulences infernales.
Cet art un peu hybride lit événement dans l’école. Un de ses premiers résultats fut de désorganiser la palette llamande. Floris substitua au goût des substances opulentes, celui du travail mince et des matières lisses. Son élève Martin de Vos (1532-1603) fit un pas de plus. Il travailla plusieurs années à Venise sous Tintoret. 11 lui emprunta sa manière d’analyser un ton, de le diaprer, de l'iriser, de le soutenir dans les ombres, de le déteindre dans la lumière. Avec Ambroise Francken (1542-1616), on voit poindre un soupçon de perspective aérienne. Son
LES ORIGINES DE l’ÉCOLE d’aNVERS 53
Martyre des saints Cvépin et Crépinien (Anvers) est déjà un morceau
Cliché Herman s.
Francken. — Martyre des saints C répin et Crépinien. (Musée d'Anvers.)
largement populaire. Les deux patients liés Lête-bèche sur le chevalet, la douleur furibonde des écorcheurs surpris dans leur besogne, leurs cris, leur frayeur, leurs culbutes, les costumes bariolés des gardes espagnols,