‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 43 sur 391 · LE PAYSAGE FLAMAND · texte numérisé non relu

LE PAYSAGE FLAMAND

leur air d’apparat. Pourbus est un des créateurs du portrait officiel du xvne siècle.

Le « genre », en revanche, fut le monopole de la famille Brueghel. C’est une des plus fécondes et des plus vivaces qu’on ait vues. En deux cent cinquante ans, de 1525 à 1771, on compte vingt-cinq peintres du nom. Le patriarche de la tribu, Pierre le Vieux, dit Brueghel le Drôle, était un des esprits les plus originaux de son temps. De ses deux lils, fun, Pierre II (1564-1G37), n’est que le copiste de son père, et ne dut son surnom de Brueghel d’Enfer qu’à son goût des vagues Tartares et des flammes de Bengale qui rougissent communément l’horizon de ses paysages. Le cadet, Jan Brueghel (1568-1625) est au contraire un des artistes les plus divers et les plus parfaits de son siècle. Dans ses formats toujours menus, et qui se ressentent d’un apprentissage de miniaturiste, ce fut un peintre universel. Fleurs et fruits, paysages, figures et animaux, fable, histoire, pas une branche de l’art qui lui soit étrangère. Tout ce qu’il touche se change en une charmante féerie aperçue, dirait-on, par le petit bout de la lorgnette. Cette peinture est, dans tous les sens, une peinture « précieuse ». C’est le goût d’un temps qui a mis l’histoire romaine en rondeaux. On se disputait ses ouvrages (54 à Madrid, 32 à Dresde, 31 à Schleissheim, 26 à Munich). Membre de l’académie littéraire « la Violette », il était devenu fort riche, possédait deux maisons. Et la recherche de sa mise, son goût des belles étoffes valurent à ce peintre heureux son surnom : Brueghel de Velours.

Quant au paysage, ses progrès sont des plus hésitants. Si Gilles de Goninxloo (1544-1606) rapporta d’Italie un mâle reflet de Paul Bril, un Josse von Momper (1564-1635) s’attarde aux rêveries enfantines de l’autre âge. Sébastien Vranx, d’Anvers 1573-1647), fit beaucoup cependant pour réduire l’art à une meilleure observation de l’atmosphère et des espèces végétales ; mais c’est surtout un hataill iste, « unique, dit van Mander, pour rendre la fumée du canon », et ses fins paysages clairs ne servent que de décor à des échauffourrées et à des escarmouches.

Un dernier genre, qui vient à se détacher du paysage, est le tableau d’architecture. Mais tandis qu’autrefois il se proposait l’étude de la perspective linéaire, ou même positivement celle des « ordres » de Vitruve, il prend désormais pour objet l'analyse de l’atmosphère dans un milieu donné, et pour ainsi dire en vase clos. Cette étude fut poursuivie par deux familles différentes, celle des Steenwijck et celle des Peter Neefs, petits maîtres dont toute l’existence se passa, de père en lils, à épier les

LE ROLE 1)U XVIe SIÈCLE EN FLANDRE

effets des rayons et des ombres à travers les vitraux de la cathédrale d’Anvers.

Résumé. — Tel est, dans son ensemble et ses directions multiples, le riche tableau de cette école, si magnifiquement laborieuse et active, au moment où paraît Rubens. Ni les misères de la guerre, ni la persécution religieuse, ni les révolutions, les répressions et les massacres, ne semblent interrompre, ou seulement troubler, cet immense travail. Jamais le génie flamand n’a été aussi occupé qu’en cette fin du x\T siècle. Dans tous les genres, c’est un bouillonnement d’idées, une fermentation de vendange dans la cuve. Le moût est âcre et vert. Les mélanges dont il est coupé y sont encore mal fondus. Mais le crû est abondant, et déjà sent son terroir. Rien ne ressemble moins à une léthargie que cette période si méconnue. De Quentin Metzys à Veenius, deux générations ont suffi pour changer l’idéal, bouleverser le vocabulaire, renouveler la poétique et sauter à pieds joints du moyen âge aux temps modernes. Ce qui s’était passé ailleurs en deux longs siècles, se précipite en soixante ans. Les forces sont ici plus jeunes, la sève plus fraîche, le goût moins contenu, la critique moins sévère. C’est pourquoi l’explosion y sera aussi plus brillante. Lt ce qu’on a vu tout à l’heure s’élaborer en Italie, à Bologne et à Rome, dans l’école des Garraches, va prendre son expression définitive en Flandre, dans la plus haute figure de la peinture moderne : Rubens.

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