PIERRE-PAUL RUBENS
Sa vie, son caractère. — Il naît en plein drame, en exil, à Siegen, bourg de Westphalie, le 28 juin 1577. Toutes les ruines politiques, religieuses, domestiques présidèrent à sa naissance. Son père, un lettré, un savant, spirituel et faible, avait tout compromis ; sa mère réussit à sauver tout, même l’honneur. Revenue à Cologne, puis à Anvers après la mort de son mari, M“‘e Rubens laissa ignorer le passé. Son lils même n'en sut rien. Il se croyait né à Cologne.
A dater de ce jour, la vie de Rubens se développe avec le mouvement et la croissante splendeur d’un astre. A dix ans, il est à l’école ; à treize, dans les pages d’une comtesse; à quatorze, dans les ateliers. A vingt et un, le voilà maître. Mais il est moins pressé de produire que de s’instruire encore et île se compléter. Le 9 mai 1600, Rubens monte à cheval et part pour l’Italie. A Venise, un gentilhomme de la cour de Mantoue l’engage au service de son maître. Il y passe huit ans, bien voulu de ses princes, mieux encore des prélats, des amateurs et des artistes, visite Florence, Milan, Gènes, fait trois séjours à Rome, et prélude même en 1603 à sa carrière diplomatique par une première mission à la cour de Madrid. Enfin à trente ans, rappelé à l’improviste par la mort de sa mère (19 oct. 1608), il revient de cette longue excursion d’études presque en triomphateur, laissant derrière lui vingt œuvres comme monuments de son passage, rapportant pour trophées une collection unique de tableaux, de marbres, de médailles, et enfin la formule d'un art national, « le plus vaste comme surface, le plus extraordinaire en ressources de tous les arts connus » (Fromentin).
Dès lors, pendant trente -deux ans, on assiste au progrès de cet admirable génie. Pas une défaillance, une équivoque ou un écart. Toutes les audaces, et il ose de plus en plus à mesure qu’il avance, il les relègue