LA VIE DE RUBENS
dans son art ; toutes les tâches, et les plus écrasantes ne sont pas de taille à l’étonner, il trouve moyen d’y suffire par la régularité merveilleuse et la discipline du travail. A peine de retour à Anvers, il commence par s’établir et par se marier. On ne le voit plus qu’eu ménage, assuré dans ses habitudes, ses allée tions et ses devoirs, avec sa première femme jusqu’en 1626, avec la seconde après 1630. Et que ne doit-il pas, comme homme et comme artiste, à ces êtres charmants, son Isabelle et son Hélène? Nul n’a aimé la femme, nul ne l’a peinte mieux que lui; et c’est une des raisons de son « humanité ».
A-t-il eu un rôle politique? Un intermède de quatre ans, une diversion à son veuvage, voilà tout ce qu’il faut y voir. Dans ses voyages à Paris, de 1621 à 1624, il a connu la cour, la reine, Richelieu, Buckingham ; mais seule la triple mission en Hollande (1627), à Madrid 1628; et à Londres (1629) mérite vraiment le nom de mission officieuse. Il y convenait par sa grande mine, sa science des langues, par ses talents qui plaisaient aux princes amateurs, et aussi parce qu’un peintre ne tirait pas à conséquence. Et pourtant que ne manquerait-il pas, sans ces années de voyages et de relations royales, à la gloire de Rubens et à son universalité ?
D’ailleurs, et quelque soit le lustre de sa vie, Rubens au fond est un bourgeois, un grand bourgeois d’Anvers. Ses ancêtres sont des tanneurs, des droguistes, des apothicaires. Il pourrait se marier dans F aristocratie ; il préfère des beautés de condition moyenne 11 vit sur un pied magnifique. Son hôtel du Wapper est célèbre à Anvers. C est que Rubens a besoin de se sentir au large. Mais il n'y met ni vanité ni ostentation. 11 conserve la vue nette et pratique des choses. L’art même ne lui fait pas oublier les affaires. Son atelier est bien un atelier, une fabrique. Et Rubens, à l'occasion, saura dans ses écrits faire le théoricien, traiter du coloris, de I imitation des antiques et de l'influence des astres sur les tempéraments. Mais, le pinceau à la main, ce « curieux » devient un autre homme : il ne s'embarrasse plus de rien, il peint et s’exprime sans plus. Il est en lui de se résoudre vite, de se tourmenter peu, de vivre largement sur son fonds et de se relever d’une faute par un chef-d’œuvre. Peu d’artistes se sont fait non seulement moins de scrupules, mais une telle force de leurs redites. Autant qu’une poétique, cet art splendide est une pratique. Rubens en toutes choses est de la grande espèce. 11 est encore du x\ i° siècle, il peint comme il eût commandé sur les champs de bataille. Chez lui le sang-froid, le coup d’œil, la décision prompte, la certitude de la main