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LES COPIES DE RUBENS

La Flandre, boulevard de l'Eglise dans le Nord, avec ses voisinages huguenots sur trois côtés, ses Jésuites à 1 intérieur, son régime espagnol, avait de bonnes raisons pour être la patrie d’un tel art.

Toutes ces forces se pressent, à les faire éclater, dans ses premiers ouvrages. 11 y a pléthore et cohue. La page est obstruée. La scène, par un mouvement naturel, s'épanche en largeur comme un fleuve ( Baptême du Christ, Anvers, 1606. Adoration des Mages, Madrid, 1609). Dans ce dernier tableau, l’encombrement est tel, que Rubens dans la suite n'aura qu'à en extraire par blocs, à en tirer comme d’une carrière les cinq ou six Adorations diverses de Bruxelles, d’Anvers et de Paris.

Ajoutez à l'ampleur des masses, celle de chaque forme prise en elle même. Les statures sont presque toujours colossales. Il y a même dans le dessin une certaine outrance et comme un flamboiement de style ( Saint Georges , Madrid, 1606), des tempêtes de draperies, de crinières, de panaches, des houles de muscles, une agitation extraordinaire des lignes, qui trahissent au premier regard l’exaltation de la pensée. Mais il y a toujours, dans l’irrésistible entraînement qu’exerce ce génie, quelque chose de rassurant, la santé, l’équilibre, et surtout la bonté foncière et le bon sens.

Mais rien ne vaudrait une bonne étude des copies de Rubens. On s’expliquerait comment ce style chargé d’éléments composites, le moins châtié et le moins « fait » de tous, est cependant le plus vivant et le plus personnel de tous. C’est que Rubens aborde les maîtres en égal. 11 se sent des droits naturels sur toute la peinture. Le répertoire entier des ressources de l’art est son bien propre. 11 dispose de tous et personne ne lui impose. Il démembre Michel-Ange et le refait à son usage (. Résurrection des morts, 1606; les Réprouvés, 1614; Petit et Grand Jugement, 1616, Munich; .Jugement, Dresde, 1618). Une comparaison essentielle à cet égard s’offre dans cette salle du Prado oii l'on voit cote à côte le Premier péché de Titien et sa copie faite par Rubens. La beauté de Titien est celle de l’antique. L’ensemble est presque sculptural à force de solidité. Pour Rubens, le même corps fourmille d’accidents infinis : le contour est moins fixe, le modelé tressaille, s’analyse en facettes, se bleuit ou s’empourpre par endroits avec le cours du sang ; la vie semble exprimée à l’état de fluide; les dessous affleurent, l’épiderme a des transparences et des miroitements, la chair se couvre de nacrures par où elle participe à l’atmosphère environnante : et il lui vient de tout cela,

Rubens. — Communion

de sainl François. (Musée d'Anvers, 1629.)

(Comparer

ce tableau avec celui du Dominiquin, la dernière communion

de sainl Jérôme, p- l

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