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LA DOCTRINE DES CARRACHES

Augustin, il est vrai, qui se piquait île poésie, a eu le malheur d’écrire son fameux sonnet à Niccolo dell’ Abbate :

Chi t'arsi un b non piltor branca e disia.

Il disegno di Koma abbia alla mano,

La inossa coll’ombrar veneziano,

E il degno coloria di Lombardia...1

Ces vers passent pour la charte de l’éclectisme. 11 suffirait de « prendre le meilleur » de chaque maître, et de se composer un style de l’amalgame de leurs beautés. Quelques théoriciens l’ont dit ; aucun artiste ne l’a cru. Il ne s’agit pas de dérober aux maîtres leurs qualités, mais de comprendre leurs principes. Nul ne songe à leur emprunter leur vision, leur sensibilité, moins encore leur génie. La question est de savoir si, au fond de toutes les différences qui tiennent à leur tempérament, il n’existe point dans leur œuvre un résidu de traits communs, qui seraient les lois memes de l'art. Les folies des maniéristes procédaient d’une idolâtrie exclusive : l’étude universelle, l’absence de parti pris, la critique sur une vaste échelle, devenaient l’antidote indispensable de ces excès.

D’ailleurs, l’école de 1580 comprit sans hésiter où était le salut : elle fut nettement naturaliste. Sans doute, elle n’alla pas jusqu’aux extrêmes conséquences. Elle consulta peu la réalité toute crue. Son tort fut d’être trop préoccupée de l’art, pas assez de la vie. Elle n’en prit pas assez à l’aise avec les maîtres. Du moins ceux de son choix sont-ils les grands naturalistes. Les G arraches eurent l’immense mérite de voir qu’il n’y avait d’avenir ni à Florence ni à Rome. Ils furent résolument du Nord, et ne voulurent d’autre héritage que celui de Parme et. de Venise. C’est à Parme que Louis eut sa révélation. C’est là qu’à son tour Annibal reçut le coup de foudre. Ayant vu la grande coupole, il en reste « stupide ». « Raphaël, écrit-il, ne tient pas là devant... Quant aux tableaux (ceux de Corrège), je n’en donnerais pas un pour la Sainte Cécile. Ce Saint Paul (du tableau de Raphaël), qui me paraissait un miracle, ne me semble plus qu’un bonhomme en bois dur et coupant. » Et ailleurs : « Corrège, Titien, voilà mes dieux. Je ne mourrai content que je n’aie vu Venise. Voilà le vrai ! voilà le réel! » (Lettres à Louis Carrache, 18 et 28 avril 1580.)

On doit compte aux Carraches de leur intelligence. Ils ont reconnu qu’il n’y avait plus en Italie d’art vivant qu’à Venise, où Michel-Ange

1 " Qui aspire à la gloire d'un bon peintre, qu’il ail au boni des doigts le dessin des Romains, le mouvement et le clair-obscur des Vénitiens et la belle couleur des Lombards, etc...»

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