‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 51 sur 391 · L ART DE RUBENS · texte numérisé non relu

L ART DE RUBENS

aucun peintre, sinon la plus touchante ou la plus poétique. Les défauts mêmes y sont à ce point la condition du reste, qu’on ne peut plus les regretter. L’abus des formes boursouflées, l’emphase, le goût théâtral tiennent si évidemment à la manière de peindre, qu’on ne saurait les juger à part de la peinture. Même avec le crayon, il peint. L’école de burineurs qu’il a formée à son usage, Pondus, Wosterman, Bolswert, de Jodde, a mérité le nom d’école coloriste. Et dans ses tableaux même, qui ne sait ce que sa couleur fait pardonner à son dessin, quand il se néglige, y ajoute quand il est parfait? Enfin elle est la conséquence d’une certaine conception des choses. C’est elle qu’il nous reste à essayer de définir. Et l’on ne reprochera pas à Rubens son « éclec tisme », ses emprunts, ses efforts pour avoir à sa disposition le vocabulaire le plus complet et le plus riche trésor de formes, si cette conception est elle-même la plus compréhensive qu’ait jamais entrepris d’exprimer l’art de peindre, et si son objet n’est rien moins que d’embrasser et d’égaler la vie.

L’oeuvre de Rubens. — Rubens a-t-il eu un programme? Dans quelle mesure est-il libre du choix de ses sujets ? Et, quel que fût son goût pour telle ou telle « matière », n’était-il pas dans l’habitude d’en « laisser maître celui qui fera les frais ? ».

Rubens n’est pas un homme qui a conçu un plan et délibérément l’exécute dans toutes ses parties. C’est un peintre, et un peintre de son temps, c’est-à-dire un grand ouvrier prêt à toutes les besognes. Allégorie, portrait, paysage, fable, histoire ancienne ou moderne, profane et sacrée, tout lui est bon. Il a la tête universelle. Et ceci déjà est unique. Dans un siècle et dans un pays oii chaque peintre a son enseigne et se verrouille dans sa boutique, Rubens seul est illimité, il déborde sur tous les genres, les pratique tous et les a tous.

Sans doute son œuvre « actuelle » (au sens anglais du mot) dépend des circonstances. Peut-être n’a-t-il tenu qu’aux Pallavicini qu’il eût à peindre Y Histoire de Décius Mus, comme à Louis XI fl qu’il eût à faire Y Histoire de Constantin, à Marie de Médicis Y Histoire de la reine, à d’autres V Histoire d'Achille ou les Triomphes de /’ Eucharistie . Mais cette variété de travaux suppose chez l’artiste des aptitudes immenses, une étendue de facultés au moins égale d’avance à la diversité et à l’ampleur des tâches.

A partir d’un certain moment, son œuvre entière est enveloppée ou contenue dans son cerveau. Elle vit confusément en lui. I)ie noctuque

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