LES OEUVRES DE RUBENS
vit»*. Avec quelle jalousie .Tailleurs le temps s’esl plû à dépecer ces larges cycles, ou même à les anéantir ! La galerie du Luxembourg n’est véritablement connue que du jour où le Louvre a pris l’initiative d’en restaurer l’ensemble dans toute sa majesté : ce lui une révélation. Que serait Raphaël sans les Stances, Michel-Ange sans la Sixtine? Si grand que soit Rubens, nous ne le connaissons qu’à l’état de débris. On ne le saisit que par morceaux. On ne voit plus que sa valeur réside dans le tout. Et comme ce tout ne procède d'aucune esthétique déterminée, mais d’une ambition générale de représenter la vie, on perd ainsi la seule raison qui rende compte de Rubens. Par là au contraire il s’explique tout entier : sa vie, ses méthodes, l’abondance inouïe et l’unité de son œuvre, et jusqu’à la nature de son dessin et de sa couleur, qui ne sont avec leurs « défauts » et leurs formes expéditives, qu’une façon plus frémissante «le rendre les aspects de la vie.
Le naturalisme de Rubens. — A le prendre ainsi dans l’ensemble de sa production, Rubens est le plus grand de tous les naturalistes. « 11 se soulageait, écrit Taine, en créant des mondes. » Allégez encore 1 expression, ôtez-en toute trace de tension, de trop-plein, de malaise; Rubens à la fécondité, la facilité d’émission, et presque l’inconscience d’une force de la nature.
Mais il existait pour l’esprit, au siècle de Rubens, une manière d'échapper aux conditions du réel et aux limites du contingent. L’humanisme, c’est le nom de cette poétique, était la forme même de toute haute idée, on croyait et plastiquement on avait raison, que le corps humain nu, athlétique et beau, était le dernier mot de la nature et île l'art. Se faire « ancien », c était concevoir la vie dans l’éternité de ses lois et dans leur majesté : c'était se la représenter dans sa pureté première, avant toute correction et tout amendement, vierge et dans l'état de grâce ingénu de nature. Le naturalisme de Rubens est en fonction de son humanisme. Mais personne dans les temps modernes n’a, par un instinct du génie, conçu l’existence sous des traits plus spontanément héroïques. C est pourquoi Delacroix le compare à Homère.
Cette vie, dont Rubens porte en lui le modèle, est assez puissante pour suffire à toutes les manifestations de l'histoire et du drame. Comme elle est une en son principe et identique à elle-même sous ses mille apparences, il s’ensuit que les époques s’effacent. Rubens, du même pinceau et de la même haleine, marie des figures idéales et des figures