LES CONTEMPORAINS DE RUBENS
La première génération : Crayer, Jordaens. — Dans la vague prodigieuse de son naturalisme, Rubens roule son siècle et l’emporte. Nulle résistance. Un seul homme, dit-on, à Anvers, quand parurent les foudroyants triptyques de la cathédrale, osa se « distinguer » et défier le maître. Ce roman a rendu célèbre le nom d’Abraham Janssens. En réalité ce Janssens (1375-1632), élève de Snellinck et de deux ans l’aîné de Rubens, est de ceux qui subirent à Rome en même temps que lui l’influence de Caravage. Il finit d’ailleurs par se perdre dans l’ombre de Rubens. Sa Mise au tombeau de Cologne, un de ses derniers ouvrages, ne se distingue plus de la moyenne de l’école d’Anvers. De même Gérard Seghers (1591-1651) et Théodor Rombouts (1597-1637), qu’on lui donne pour élèves, parce qu’ils suivirent à leur tour les méthodes de Caravage, se rallièrent par degrés à celles de Rubens.
On ne compte pas Martin Pepyn (1575-1643), celui qui toute sa vie voulut en rester à Memlinc. Le mouvement était trop fort. Coup sur coup, la nature donnait des cadets à Rubens, le multipliait par lui-même, en lirait de nouveaux exemplaires.
Au premier rang de ces doublures est Kaspar de Crayer (1582-1669). En 1668, il signe encore l’énorme tableau de Saint-Bavon, le Martyre de saint Biaise, et ajoute à son nom : « Agé de 86 ans ». Avec Jordaens, qui lui survécut de dix ans, ce vieux surprenant prolonge près de quarante ans après Rubens l’àge héroïque de l’école. Il l’immobilise dans le siècle. Il lui donne en durée ce que le maître par ses voyages lui donne on étendue. Crayer a été en Espagne.
C’est lui qui fut chargé à Gand, en 1635, de la réception du cardinal infant, dont il fit le portrait équestre (Louvre). Mais il fut avant tout le peintre des congrégations. Nul n’a parlé comme lui le langage ampoulé,