‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 64 sur 391 · JACQUES JORDAENS · texte numérisé non relu

JACQUES JORDAENS

panaché et mondain, de la chaire baroque. Assomption de sainte Rosalie (Bruxelles), Extase de sainte Thérèse (Vienne), la Vierge remettant le scapulaire à Simon Stock (Garni), telles sont les scènes qu’il remplit infatigablement de son fracas dévot, de ses roulements d’orgues et de son tintamarre sacré.

Rubens mort, Jacques Jordaens (1593-1678) passa pour le premier peintre d’Anvers. Fils de fripiers du crû, élève de van Noort et son gendre, c-’étail un Flamand flamingant, flamboyant et même militant. Par conviction orangiste il se lit huguenot, en bloc, avec les siens, et peignit son Apothéose du prince de Nassau. Membre d’une société secrète, poursuivi pour libelles, ce bourgeois libéral n’en continuait pas moins à faire ses atfaires et pourvoyait de tableaux les églises, béguinages et hospices de son pays. Il s’éteignit le dernier des grands peintres de sa patrie, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.

Jordaens est un métis de Caravage et de Rubens, issu du premier par Seghers, Rombouts, etc. La gamme reste toutefois plus montée que chez le maître. Les violences sont moins contenues. C’est quelquefois, avec une pléthore de ligures, une apoplexie de couleurs, d’invraisemblables incandescences, des lueurs de fournaise. Tout s'allume, s’irrite; il y a le feu aux narines, la sueur aux tempes, le sang aux joues. Malgré celte palette enragée, Jordaens est le Flamand qui a le plus fait pour acclimater le clair-obscur à Anvers. Sans doute ses voyages en Hollande I initièrent aux secrets de cet art spécial. Mais le résultat est lourd, avec quelque chose d’opaque et de brûlé, et Jordaens fait bien d’en revenir pour les circonstances décisives, aux grandes méthodes nationales, oratoires et décoratives : tel sou superbe Jésus au milieu des docteurs (Mayence, 1663), un morceau capital, peint à l’âge de soixante-dix ans, le dernier chefd’œuvre de la Flandre avec le Saint Biaise de C rayer.

11 ne faut demander à Jordaens aucun sentiment délicat. Dans son œuvre religieuse, lout ce qui n’est pas spectacle pur ou prétexte à horsd’œuvre, est dénué d’intérêt. Il a dans ses mythologies un certain sens massif et sculptural des formes, une puissance plastique, un goût du bas-relief qui sont d’un styliste accompli. Mais rien de tout cela n’aurait peut-être sufli à l’immortaliser. Sa gloire est sa peinture de mœurs. La formule qu’il emploie est, encore une fois, celle de Caravage, importée par Rombouts (. Joueurs de cartes, Concerts de ce dernier à Madrid et Anvers) : mais il eut le talent de la renouveler et d’en faire un genre national. Le germe en est déjà dans ses puissants portraits de famille,

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