‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 67 sur 391 · F BANS SNYDERS · texte numérisé non relu

F BANS SNYDERS

faut se reporter dans ces immenses demeures du temps, où le salon n’existait pas, où l’on se tenait dans la « salle » et où, grands mangeurs, grands veneurs, les gens se réjouissaient de voir leurs murs giboyeux de forêts et de chasse imaginaires.

brans Snyders (1579-1057) est en ce sens un maître absolument original. C’était l’élève de Brueghel d'Euler et de van Balen. Il lit avec Rubens le voyage d’Italie. Mais il ne descend de personne. Ses parents tenaient à Anvers un magasin de comestibles. Il distingua le poil des bêtes, la plume des oiseaux, la nacre et les squames des poissons. Il apprit à former avec ces éléments des pyramides décoratives. Cuisines de Gamache, chevreuils pendus au croc, bures de sanglier hérissées sur l étal, quartiers de bœuf, selles de mouton, brochettes de vanneaux, de bécasses, capuchons des faisans dorés, et tout le pullulement étrange de la mer, crustacés, mollusques, amphibies, du crabe au veau marin, de la loutre à l’otarie et de la torpille au castor — tout l’aquarium d’Anvers et sa ménagerie : c’est le « Butfon » de la nature morte.

Puis, cédant à l’instinct épique de son génie, il ressuscite ce « tableau » de bêtes abattues, compose ses combats et ses chasses. Il est alors l’Homère d’une Iliade animale. Chasses ait cerf (La lia x e), à Fours (Berlin), au sanglier (Florence), au renard (Vienne), au tigre (Rennes), à r hippopotame et au crocodile (Amsterdam); Combats de chiens (Pétersbourg), Lionne terrassant an sanglier (Munich), Loups dépeçant un cheval : Bologne), Faucons atteignant une cigogne, sans compter les Singeries , les Scènes de basse-cour elles Concerts d'oiseaux: partout même maîtrise, même abondance et même ampleur. Dans son genre Snyders est un artiste universel. Nul n’y égale son entrain et son emportement de style. Ses bêtes ont quelque chose du souille des hommes de Rubens. Beau- Irère des de Vos, dont le cadet Paul (1590 ?-! 678) est son élève, son œuvre s’accroît encore de toute celle de ce dernier, qui passe presque partout sous le nom de Snyders. Le même caractère d’exubérance décorative distingue les puissantes Natures-mortes d’Adrien van Utrecbt (1599-1652).

Moins impétueux que Snyders, moins héroïque, moins flamboyant, Jan Fyt (1611-1661) a la touche plus osée et plus physionomique, l’accent plus réel et plus vrai. Sa faune est également moins tropicale, moins africaine. Sa vraie vocation est 1’ « étude ». Son splendide Repas de l'Aigle (Anvers), le Chien avec un enfant et un nain (Dresde), divers trophées de Fruits et de gibier (Louvre), dans leur gamme un peu sourde

JAN FYT

et leur couleur presque rugueuse, sont des morceaux d’une « écriture » irréprochable, d’une tenue admirablement mâle,.

Seigneurial et royal, conforme aux goûts les plus vifs d’une société de louvetiers, ce genre animalier a une grande importance historique. C’est une des voies par où l'influence de Rubens trouva le plus rapide passage. En France, un élève de Fyt, Pierre Boel (1622-1674)

Cliché Braunn et Cic.

Snyders. — Cerf poursuivi par une meute. (Musée du Louvre.)

vint demeurer à Paris en 1668 et mourut dans la charge de « peintre ordinaire ». Nicaise Bernaerts, dit Nicasius (1620-1678), vivait aux Gobelins et fut le maître de Desportes. Lors de la querelle des Rubénistes, ce sont les Desportes, les Oudry qu’on voit au premier rang des champions de Rubens.

Ce n’est pas tout. Si l’essence du genre est de nous intéresser à ce qui n’est pas l'homme, de décentraliser l’art en décongestionnant le Moi, peu de genres à leur heure ont rendu de plus grands services. La naturemorte attirait l’attention sur les accessoires, le décor, le matériel de I existence. L habitude se prenait de ne plus la représenter à l’état idéal,

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