ANTOINE VAN DYCK
mais soumise à îles conditions, en fonction de nécessités qui Ja modifient la localisent, la réalisent. On comprenait enfin l'importance du milieu. La Hollande nous montrera les conséquences de ce principe.
Antoine van Dyck (1599-1641). — Mais de cette foule d’artistes que Rubens anime et conduit, de satellites qu'il éclaire, un seul brille du signe immortel : un prince qui n’a [tas régné, mais un Prince Charmant, le délicieux Antoine van Dyck.
Il naquit à Anvers le 22 mars 1599. Il était le cadet de sept enfants, dont cinq fi Iles. En tout, jusque dans sa beauté imberbe et ambiguë, il a ce trait efféminé, la finesse, la nervosité particulière aux derniers-nés. Son père, riche marchand de soieries, le met à dix ans chez van Balen. Sa vocation a je ne sais quoi de tyrannique et d’impatient. A seize ans, il est maître parmi ses condisciples; à dix-huit, le lieutenant et le bras droit de Rubens. A vingt, le voilà dans le monde, les voyages et les aventures. On le voit à Londres, à La Haye, à Gênes, à Venise, à Païenne, à Paris. Nulle vie plus mobile et plus capricieuse. Et partout le même être exquis, fringant, fêté, choyé, l’ami des grands, des rois, la coqueluche des femmes; un despote, un gamin terrible, plein de câlineries et de rebuffades, joueur, dissipateur, prodigue, enjôleur, libertin, inflammable et désabusé; des airs de Chérubin et de don Juan, un cœur de roué et d’ingénu, abusant de tout et de toutes, courant à tout ce qui est beau, le luxe, la gloire, l’amour, se parant de son génie comme d'une séduction suprême et, par une grâce singulière, toujours grand peintre quand il peint; à quarante ans, un homme fini, qu’on marie par régime à une fille de lord, et qui meurt avant l’âge, le jour même du baptême de sa première fille, comme si ce viveur, ce voluptueux de génie disait adieu à l’existence et s’en allait d’un geste las, à l’heure des devoirs et des pensées sérieuses : jusqu’au bout un enfant, un éternel enfant gâté.
Et pourtant avec tous ses dons, sa grâce, ses talents personnels, que serait Van Dyck sans Rubens? Il a vingt-quatre ans de moins que lui, il en a dix ou douze à l’apparition des triptyques d’Anvers. De quinze à vingt il est le Benjamin du maître : il y contracte une fois pour toutes la forme de ses idées. Il sent avec délicatesse, il perçoit plus finement ce que Rubens dit avec force, il corrige, châtie, épure, et cela suffit pour lui faire un style. Ses Marches de Silène (Bruxelles et Dresde, 1617), son Christ aux outrages (Berlin) sont du Rubens atténué, distingué dans ses formes, attendri dans le sentiment. Il v a moins de muscles, moins d'os,
Van Dyck. — Pieta. (Musée d'Anvers.)