LES OEUVRES RELIGIEUSES UE VAN DYCK
moins de graisse, plus de nerfs et de grâce. Je dirai en deux mots : moins de « nature » et plus d' « art ».
De ]' art, c’est encore ce que le jeune homme alla chercher en Italie (1621-1625). Dès lors, soit visible, soit latent, c’est toujours du Titien qu'on retrouve chez Van Dyck. Quand son Couronnement d’Épines, son Prendimiento de Madrid, son juvénile Saint Martin de l’église de Saventhem, ne seraient point démonstrativement des pensieri di Tiziano , elles n’en seraient pas moins, de toute la peinture du Nord, les œuvres les plus « italiennes » : les seules qui soient nées, sans autre arrière-pensée, du simple et pur besoin de faire de la beauté.
Ajoutez que c’est toujours une beauté touchante. Il y a chez Van D) ck un fonds de mélancolie, des grâces de sentiment qu’ignore le grand Rubens. Avec ses mœurs évaporées, sa vie déplaisirs et de désordres, ce mauvais sujet est au fond une âme religieuse. Même dans ses œuvres les plus profanes, il n’est jamais cynique. Ses Vénus, ses Arm ides ne sont que demi-nues. Sa Suzanne est sublime. Ses Madones sont les plus belles qu’on ait faites hors d’Italie. C’est le seul peintre du temps qui ait une aversion nerveuse pour les atrocités. Ses saintetés, ses beaux Christs morts, ne font couler que des larmes pures. Ses Crucifix (Anvers, Munich) sont ce que la piété du siècle a produit de plus idéal avant Rembrandt.
Et pourtant Van Dyck, en tout cela, n’est encore que l’ombre de Rubens. Même en le corrigeant, il le diminuait. Il l’amoindrit de tout ce qu'il ôte à son naturalisme. La légende calomnie Rubens en le soupçonnant de jalousie pour son élève. C’est à celui-ci qu'il en coûtait d’être toujours le second de quelqu’un. On ne le voit plus à Anvers qu’en l’absence de Rubens. A deux reprises déjà, en 1620, avant le voyage d’Italie, puis au retour, en 1627, il tâte le terrain à la cour de Whitehall. En 1628, il balance entre La Haye et Bruxelles. Enfin en 1632 il opte décidément pour Londres, où le roi Charles Ier lui offre un titre de premier peintre, hôtel à Blackfriars et villa d’été à Eltham.
A dater de ce moment, Van Dyck prend ligure dans l'histoire et compte comme un maître. Dès l’origine il s’annonçait comme un portraitiste hors ligne. A Rome, à Gènes, puis à Anvers, à La Haye, à Bruxelles, à travers trois ou quatre mondes, il a fait son apprentissage et, en marge de son œuvre d’ « histoire », trouvé le temps de parcourir une vie de portraitiste : plus de trois cents portraits, qui suffiraient à deux ou trois gloires de peintres. Il est parfaitement du monde, mieux que Rubens,