LES ELEVES DE FRANS HALS
comme chez le maître, est précieuse plutôt qu'intime. En général, il y a foule clans leurs petits tableaux, et c’est encore ce qui les distingue de leurs successeurs plus discrets et plus réfléchis. Ce sont éminemment des peintres de « sociétés ». 11 va sans dire que ces compagnies ne sont pas toujours édifiantes. Tout ce qui ne se passe pas dans les estaminets et les Weinstnben, c’est chez les marchandes de sourires. 11 n’est pas étonnant ([lie des peintres en quête de sujets animés, qui aimaient comme artistes les assortiments de notes gaies, et comme hommes sans doute ne haïssaient pas le plaisir, aient consacré tous leurs talents à la peinture légère.
Dirck Hais est un artiste exquis. Il colore une étolfe et la fait chatoyer, il noue une jarretière et coiffe un cavalier avec autant de goût et d’esprit que son frère ; il dessine aussi précieusement dans ses petits formats que Frans grandement dans les siens. El il a de plus que lui une grâce romanesque, un sens de l’espace et du vert, des siestes en plein air, un instinct de la volupté et des champêtres élégances, à peu près uniques en Hollande, où tant de rares qualités se paient en fantaisie.
Us sont après lui toute une bande, Pieter Codde d’Amsterdam, Anthoni Palamedes, de Délit, auteurs de Menuets , à’ Apprêts de carnaval, de Déjeuners galants, de Parties de trictrac, petits-maîtres pimpants, libertins, persifleurs, de la « fête » hollandaise. Mais le seul talent considérable est Jan Miensze Molenaer (1600-1668), le mari de Judith Lyster, et comme elle l’élève de Frans et de Dirck Hais. C’est un peintre divers et fin, avec un parfum de bonnes mœurs qu’on ne rencontre guère dans l’école. Sa Dame au clavecin (Amsterdam, v. 1630) nous fait pour la première fois entrer dans un intérieur correct, à la façon de Vermeer ou de Pieter de Hoogh. Il v a là de l’intimité, de la fraîcheur, de la propreté, quelque chose de plus concentré, moins d’adresse visible, plus de tendresse latente, et ce serait déjà tout le clair-obscur hollandais.
Les autres genres n’ont pas dans l’école de Haarlem autant d’éclat que le portrait ou le « genre » proprement dit. Avec Joost Droochsloot, Esaias van de Velde (1590-1630) et Pieter Molyn, le paysage, comme il arrive dans l’enfance de cet art, demeure encombré d’épisodes qui en font une variété de la peinture de mœurs.
En revanche, la nature morte débute par ses premiers chefs-d’œuvre. Ce n’est plus l’énorme boucherie des Flandres, les hétacombes de victuailles faites pour l’engloutissement d une cour de Gargantuas. C’est le coin de table bourgeois, avec ses apprêts et. ses reliefs de déjeuner intime,