LES PORTRAITISTES I> AMSTERDAM
à la tête des puissances el des richesses du globe. Là, vivait une aristocratie, un Gotha de nababs. C’était le Livre d’or du sucre ou de la banque, des cordages ou des tissus, de la porcelaine ou du café. Ces nouveaux enrichis professaient en art cette timidité de goûts propre aux gens sans culture. L’argent est essentiellement conservateur. Le Crésus de cinquante ans fait ce que souhaitait de quinze à vingt le petit commis en sabots. En peinture, il s’adressera aux célébrités de sa jeunesse. C’est, ainsi qu’Amsterdam, la ville du progrès, est l’endroit de Hollande où l’art est le plus arriéré.
En revanche, la consommation qui s’en fait est immense. L’argent et les clienLs abondent. Portraits simples, portraits de famille, portraits de sociétés, ce n’est pas la besogne qui manque, et les professionnels pullulent. En l’espace de dix ans, il en naît une demi-douzaine : Jacob Lyon, Werner van Walckert, Nicolas Elias, Cornelis van Ceulen, Thomas de Keyser et Abraham de Vries. De Keyser à part, qui est le plus fort d’entre eux (1596-1667), ce sont de bons auteurs, exacts, probes, concis, dessinant bien, peignant en noir et gris, sans ombre de fantaisie ou d'imagination.
Le seul maître indigène qui témoigne de quelque recherche est Thomas de Keyser. Sa Leçon d’ anatomie (Amsterdam, 1619) offre un motif fort audacieux, celui du squelet.te debout au milieu des six carabins et ciselant en pleine toile, sur fond noir, la terrible élégance de sa carcasse à jours et, le grillage de ses côtes. C’était une idée de jeune homme, mais non pas du premier venu. Mais les œuvres les plus ingénieuses de ce maître délicat sont ses portraits en façon de tableaux de genre, les chefsd’œuvre d’un art où Molenaer et Gonzales Coques ne sont venus qu’ensuite.
Avec Dirck van Santvoort (1610-1680) et Bartholomaüs van der lïelst (1613-1670), on assiste au triomphe de l’idéal bourgeois. Cette fois, Rembrandt était né, et c’est à deux pas d’un tel homme, dans le rayon de son génie, que des peintres n’en savent rien ou n’en veulent rien voir ! La fortune de Yan der Ilelst et sa réputation sont, une preuve de la sottise des jugements publics. On n’a osé que trop longtemps le mettre en parallèle avec le maître qu’il ne faut comparer à personne. On a dit de son fameux Banquet pour la paix de 1648 (Amsterdam), qu’on en pourrait jeter pCde-mêle toutes les mains et toutes les têtes dans un panier et les réassortir sans faute, tant elles sont individuelles. Mais on ne l’a pas essayé ! Les innombrables portraits de ce grand industriel du genre valent mieux que ses ensembles, surtout les portraits d’hommes, sans faire de lui toutefois un praticien bien savoureux ni un esprit bien péné-