Soc. Fr. dermato-syphil., 1901, p
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À première vue et à distance, je le juge affecté de syphilis de par l’état de sa chevelure qui me paraît présenter le type parfait de la variété d’alopécie syphilitique que j’ai décrite sous le nom d’alopécie en clairières et en. petites clairières multiples.
Mais un examen plus attentif me démontre bientôt l'erreur que j'ai commise par le fait d’une première impression objective. Ce n’est pas d’une alopécie syphilitique qu’il s’agit, mais bien d’une pelade, et cela bien nettement, indiscutablement, de par la série de raisons que voici :
.1° D’abord il existe dans la barbe de larges îlots
d'aspect manifestement peladique. De plus, les aisselles sont absolument glabres et l’on trouve même un placard glabre sur la face interne de la jambe gauche; |
2° En second lieu, plusieurs des clairières du cuir
chevelu offrent l'aspect peladique de par dépilation
absolue, complète, telle que n’en réalise pas la syphilis; |
3° Sur nombre de points on trouve des cheveux cassés, comme dans la pelade à cheveux fragiles (ce qu’on ne rencontre pas dans la syphilis) ;
4° Enfin, le malade déclare n’avoir jamais eu la moindre affection vénérienne, et il ne présente actuellement aucun signe de syphilis.
Si :
Son histoire en revanche est la suivante : il est affecté de pelade depuis quatre ans. Le début de la maladie s’est fait à la nuque par de petites plaques disséminées, qui se sont peu à peu réunies, pour constituer une très vaste plaque occupant presque toute la surface du cuir chevelu. Les cheveux ont repoussé après un certain temps. Puis, après une série de guérisons relatives ou de recrudescences, la maladie s’est maintenue à peu près dans l’état où elle se présente aujourd’hui.
D'autre part, en 1938, la pelade a envahi le corps et s’est presque généralisée.
Alors tous les poils du tronc et des membres seraient tombés, affirme-t-il, à l'exception d’une seule région, la région pubienne, qui toujours a été complètement respectée.
Il ne connaît d’ailleurs aucune raison qui ait pu inciter ni l'invasion première de la maladie, ni les recrudescences diverses qu’elle a présentées. Cultivateur, il vit à la campagne dans de bonnes condi- Uüons hygiéniques. Il n’a éprouvé ni chagrins, ni commotion morale, ni commotion physique. Il n’a jamais eu d'accident nerveux. Il a pour habitude de se faire couper les cheveux à la tondeuse et de se faire raser chez un coiffeur.
D MiriaN et LAFOURCADE!
Pelade en clairières :
Le malade que nous presentons à la Société, M. C., âgé de vingt-sept ans, comptable, est venu consulter à l’hôpital Saint-Louis, le 9 mai 1933, pour une perte de cheveux.
Il s’agit d’une alopécie en clairières absolument typique, occupant tout le cuir chevelu, plus marquée cependant à la région occipitale, aux régions temporales. Enfin, elle existe également aux sourcils. Les lésions sont représentées par de petites plages alopéciques ovalaires ou nummulaires ne dépassant pas les dimensions d’une pièce de 0 fr. 50.
En certains endroits, elles empiètent les unes sur les autres, formant des clairières un peu plus grandes. Sur toutes ces plages l’alopécie est incomplète, les cheveux sont simplement clairsemés, laissant voir le cuir chevelu sous-jacent. Celui-ci est de couleur et de consistance normales. Il n’existe en particulier .à sa surface ni croûte, ni squame, ni cicatrice d’aucune sorte. Enfin, cette alopécie est toujours en évolution, les cheveux venant très facilement, et en touffes, à la moindre traction. Il existe des lésions semblables aux sourcils parsemés de petites taches blan-
1. Bulletin de la Société Française de Dermatologie et Syphiligraphie, 1933, page 725.
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ches alopéciques. À première vue et à distance, l’état de la chevelure fait penser immédiatement à l'alopécie de la syphilis secondaire. L’absence d’aires nettement définies, la diffusion, la simultanéité du développement, l’existence de lalopécie sourcilière plaident en faveur de ce diagnostic. Coïncidence plus troublante encore, la palpation des chaînes cervicales postérieures permet de noter à droite un ganglion de la grosseur d’une amande, indolore, dur, mobile et sans périadénite.
L'examen du malade permet cependant d’éliminer à coup sûr ce diagnostic. Il n’existe pas de roséole, pas de plaques muqueuses, pas de cicatrice de chancre, pas d’autres adénopathies. La réaction de Hecht, pratiquée le 9 mai dernier, est complètement négative. De plus, cette alopécie en clairières, bien qu'ayant le siège diffus de celle de la .spécificité, est beaucoup plus abondante dans la région occipitale, qu’il n’est de règle de constater dans la syphilis. D'ailleurs on constate, en effet, de chaque côté du menton, l’existence de plaques symétriques circulaires où ovalaires complètement lisses et glabres. L’alopécie à petites aires est d’ailleurs généralisée, siégeant non seulement au cuir chevelu, sourcils et barbe, mais encore aux aisselles et au pubis. Il n’a cependant pas été possible, dans aucune de ces régions, de rencontrer un seul cheveu peladique
typique.
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L’interrogatoire du malade apprend que laffection débuta il y a dix-sept ans, dans la région occipitale, par une plaque d’alopécie de la dimension d’une pièce de 5 francs, indolore et complètement dénudée. Le diagnostic de pelade fut alors porté. Celle-ci guérit en quelques mois, puis récidiva et se multiplia. Depuis lors, le processus ne s’est jamais arrêté. Les lésions se reproduisirent par poussées successives, chutes de cheveux et repousses alternant d'une manière incessante. Dans ces dix dernières années, le malade consulta plusieurs médecins qui tous portèrent d’abord immanquablement le diagnostic de la syphilis. Au cours de son service militaire, il reçut même trois séries de cyanure d’hydrargyre. Quatre réactions de Wassermann pratiquées depuis 1928 furent cependant négatives.
L'examen général du sujet nous montre qu’il est d'excellente santé apparente. Aucune lésion à signaler aux poumons, à l’appareil digestif. Les réflexes rotuliens, achilléens, olécraniens existent. Les pupilles sont égales, il n’y a pas de signe d'A. Robertson, pas de signe de Babinski. Le cœur est normal, la tension artérielle de 13-7.
: L'examen des urines ne révèle ni sucre, ni albumine. Aucun signe clinique ne permet de penser à Fhyper ou l’hypothyroïdie,
La réaction de métabolisme basal a donné le chiffre de : -—20 (48.531) et — 19, (9.531). L'activité génitale de ce sujet est normale.
Les premiers rapports ont cependant été précoces à l’âge de quatorze ans. :
La cause de cette pelade peut être ra Dee à une origine hérédo-syphilitique.
Le malade présente une voûte ogivale très nié et des malformations dentaires. Les dents sont mal plantées. Les incisives inférieures chevauchent. les unes sur les autres.
La dernière prémolaire gauche est très obliquement dirigée en dedans. La coalescence des sourcils est visible et marquée. Dans ses antécédents fami- Haux, on note une mère bien portante, mais un père mort à soixante ans d’hémiplégie. Le sujet a eu dix frères et sœurs; il y eut deux jumelles du même sexe. Une autre sœur, peu après son mariage, eut deux fausses couches, respectivement à deux et quatre mois. |
L'étude de ces observations montre qu’un examen attentif peut faire le diagnostic de cette variété de pelade. |
Si à première vue les nombreuses rie disséminées dans le cuir chevelu éveillent l’idée de syphi-
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lis, rapidement on remarque l'existence de plaques typiques. Elles existent dans les deux observations ci-dessus, dont il est curieux de noter l’extraordinaire ressemblance. On les trouve à la barbe et dans d’autres régions pileuses. La recherche des cheveux peladiques s’est montrée fructueuse dans le cas de Fournier, négative chez le malade de Milian et Lafourcade. Mais surtout dans les deux observations, lPinterrogatoire a complètement et aisément confirmé le diagnostic de pelade. L’alopécie datait dans un cas de quatre ans, dans l’autre cas, de dix-sept ans. Chez les deux malades Paffection avait débuté par une plaque typique de pelade et le diagnostic avait été facilement porté à cette époque. Ultérieurement, les cheveux avaient repoussé, puis était survenue uñe succession de récidives et de guérisons relatives comme dans les pelades perpétuelles de Besnier. Enfin, la chute s'était faite sous l’aspect de l’alopécie en clairières et persistait telle depuis des mois.
En somme, cette pelade « pseudo-syphilitique », peut être rapprochée sans difficultés de l’alopécie en clairières, prédécalvante de la pelade grave banale. Comme dans celle-ci, le diagnostic de pelade se base sur la découverte de plaques typiques de pelade (siégeant au cuir chevelu, à la barbe ou ailleurs) et sur l’étude des antécédents qui révèle l’existence d’une alopécie peladique typique. La seule différence est
que cette histoire s’étend sur plusieurs années — dix-sept ans dans l’observation de Milian — et que ja période « syphiloïde » dure elle-même des mois sans évoluer vers la décalvante. Tout au moins cette évolution vers la décalvante ne s’était pas produite à l’époque eù les malades de Fournier et de Milian furent présentés à la Société de Dermatologie, mais il est impossible de savoir si la déglabration totale n’est pas survenue ultérieurement, ce qui rapprocherait ces cas davantage encore de la forme commune de la pelade.