‹ La Pelade SyphiloïdeChapitre 14 sur 24 · ASS LUS · texte numérisé non relu

ASS LUS

ment à une alopécie syphilitique secondaire, que ce jeune homme qui a les ongles faits et teints en rose n’est pas de ceux qui éloignent le diagnostic. Cependant, on ne trouve aucun signe de syphilis secondaire, aucune trace de chancre infectant génital

ou extra-génital. Le malade nie tout antécédent de

syphilis : acquise, il prétend même ne s'être jamais exposé à une contamination vénérienne. Il n’a pas d’adénopathie inguinale, rien aux lèvres, ni dans la bouche, rien sur le reste du corps. On retient seulement de l’examen général :

1° L'existence de petits ganglions cervicaux postérieurs ;

2° L’existence de quelques stigmates d’hérédo-syphilis, dents irrégulièrement plantées, tuberacles de Carabelli.

La réaction de Wassermann, pratiquée le même Jour, est partiellement positive (+ + +).)

La recherche des antécédents personnels révèle un

autre fait important : le malade a fait, il y a trois

mois, une fièvre continue qui a duré trois semaines,

au voisinage de 39° et qui a été diagnostiquée fièvre

paratyphoïde. Une ponction lombaire a été pratiquée

-au cours de cet état fébrile, en raison des symptômes

méningés (céphalée, rachialgie). Elle a été négative

et le liquide céphalo-rachidien s’est montré normal.

Le malade est entré en convalescence depuis plus de deux mois et se trouve aujourd’hui complètement rétabli. C’est environ cinq semaines après le début de la convalescence que lalopécie a commencé, c’est-à-dire à l’époque qui caractérise les alopécies post-infectieuses.

Nous avons revu-le malade le 19 novembre, soit sept jours après, il avait été jusque-là laissé en observation sans traitement. L'état s'était modifié ainsi qu'il suit :

Les îlots d’alopécie avaient légèrement augmenté de nombre, et quelques nouveaux placards lenticulaires étaient apparus entre les placards anciens, de sorte qu’au total on pourrait en compter une quarantaine. Le placard de la région pariétale droite s'était étendu, et des dimensions d’une pièce de cinquante centimes avait pris celles d’une pièce de un franc, alors que les autres placards ne dépassaient pas leurs dimensions premières. Dans l'intervalle des placards, les cheveux ne tombaient plus, au éontraire, ils tenaient maintenant solidement et la traction même, énergique n’arrivait plus à les arracher. Enfin, le placard pariétal prenait nettement les caractères d’un placard peladique, avec cheveux peladiques caractéristiques et dépression de la peau, sensation d’atrophie au toucher, dans toute la partie centrale. Sur certains îlots, un examen attentif permet-

tait également de reconnaître à la périphérie, l’existence de quelques cheveux peladiques nets.

Même enquête négative au point de vue syphilis secondaire. La réaction de Wassermann pratiquée de nouveau, est cette fois négative (0). La mère du petit malade que nous avons pu examiner le même jour, présente également une réaction de Wassermann négative. Elle n’a pas de symptômes de syphilis, mais se plaint de céphalées assez fréquentes sans caractères nets. Le père, que nous n’avons pas vu, serait bien portant. :

Une troisième, puis une quatrième réaction de Wassermann ont été pratiquées chez notre malade le 21 novembre, puis le 3 décembre, pour trancher la question; lune et l’autre se sont montrées négatives (0). Il est probable que la première réaction positive et la courbe irrégulière des réactions prises dans leur ensemble, est sous la dépendance d’une hérédosyphilis latente. Elles ne relèvent vraisemblablement pas d’une syphilis secondaire en évolution dont le malade ne présente aucun signe.

La biopsie d’une des plaques a montré un certain amincissement de l’épiderme, une raréfaction par places des fibres élastiques qui, en d’autres points, sont multipliés et fragmentés.

Le tissu conjonctif paraît en dégénérescence hyaline. Les poils ont souvent abandonné leur habitat :

:. — 46 — certains sont atrophiés dans les foliicules. Certains paraissent avoir subi la transformation du bulbe mou en bulbe plein. Mais ce qui frappe le plus, c'est une assez abondante infiltration périvasculaire lymphocylique répandue dans tout le derme.

LA

Ces deux observations constituent d’intéressants faits de passage :

1° Comme chez les malades que nous allons étudier tout à l’heure, il n’existe aucun antécédent de pelade banale. L’interrogatoire ne découvre pas, comme dans l’observation de Fournier et dans celle de Milian et Lafourcade, l’existence d’une longue histoire de pelade d’abord typique, puis atypique, entrecoupée de rechutes et d’amélioratidns successives. Ici la maladie débute par l’alopécie en clairières. A ce titre ces observations sont beaucoup plus anormales que celles que nous avons reproduites dans le paragraphe précédent; |

2° Eiles ne se séparent pourtant pas complètement de la pelade banale, de l’alopécie en aires classiques. En effet, dans les deux cas, la pelade est signée par l'existence d’une plaque glabre, arrondie, caractéristique de la pelade, Milian et Périn ont vu cette plaque se constituer presque sous leurs yeux, dans notre cas,

eh

ASP RS

il était impossible de savoir si elle représentait une plaque primaire ou si elle était apparue en même temps que l’alopécie en clairières. Chez notre malade, les cheveux peladiques étaient extrêmement nombreux, criblant non seulement le pourtour de la plaque caractéristique, mais encore répartis en grand nombre dans les clairières syphiloïdes. Pourtant il s'agissait d’une pelade à marche rapide, que nous suivons encore et qui nous paraît évoluer vers la détalvante.

Ici plus rien ne rappeile la pelade. L’alopécie en clairières est absolument isolée. La chute des cheveux se fait partout, en petits îlots multiples, incomplètement dénudés où persistent quelques cheveux, à limites diffuses, irrégulières, ne rappelant en aucune facon la plaque de pelade.

Nous avons observé deux de ces cas dans le service de M. Gougerot, et un troisième avait déjà été publié par notre Maître, avec la collaboration d’Etienne Lortat-Jacob.

Observation IT (Gougerot et Lortat-Jacob!) :

Pelade à petits îlots multiples simulant lalopécie en clairières de la syphilis.

Page 1