‹ La Pelade SyphiloïdeChapitre 15 sur 24 · Annales des maladies vénériennes, avril 1936, page · texte numérisé non relu

Annales des maladies vénériennes, avril 1936, page

La malade N° 121.660, âgée de dix ans, est amenée par sa mère, le 10 décembre 1935, au dispensaire de la clinique de la Faculté, pour une chute importante de cheveux, survenue brusquement.

C’est une enfant normalement constituée et de parfait état de santé apparente.

L’alopécie a exactement l’aspect d’une alopécie en clairières. Les plaques alopéciques très nombreuses (du nombre d’une centaine environ) sont disséminées sur tout le cuir chevelu. Elles sont ovalaires ou arrondies, ne dépassant pas dix millimètres en moyenne. En certains endroits, en particulier sur le sommet de la tête, elles empiètent les unes sur les autres et forment des clairières un peu plus grandes, mais il n’existe nulle part de plaque nue, propre, roñde, typique. de pelade. Partout l’alopécie est incomplète, les cheveux sont seulement clairsermés, mettant à nu le cuir chevelu sous-jacent. Celui-ci est de couleur normale, nullement squameux et sans aspect cicatriciel, les pores pilo-sébacés sont nettement visibles. Les cheveux viennent facilement à la traction, par véritables touffes.

Les sourcils el les cils sont respectés (les uutres régions n'étant pas encore pileuses chez cette fillette, on ne peut juger de leur atteinte).

L'aspect est typiquement celui d’une alopécie syphilitique secondaire. Or l'examen clinique ne révèle

aucune manifestation syphilitique, cutanée ou muqueuse, aucun antécédent.

Les réactions de Wassermann, Hecht, Desmoulières et Kahn répétées deux fois à huit jours d’intervalle sont toutes négatives.

Le diagnostic est embarrassant. Ayant alors en mémoire l'observation de pelade en clairières présentée par MM. Milian et Lafourcade à la Société de Dermatologie, le 11 mai 1933, et malgré l’aspect non peladique des plaques, nous pensons à la pelade et à la décalvante totale à sa phase de début d'installation. Et en effet, en regardant à la loupe, nous trouvons quatre cheveux peladiques, donc très rares. Sur l’un d’entre eux, à l’examen microscopique, Risalier affirme la pelade.

Un mois plus tard, le 10 janvier 1936, nous avons retrouvé un cheveu peladique long de 6 millimètres, terminé en pinceau, noir dans ses deux tiers extérieurs, très aminci et effilé, dit en point d’exclamation. Mais la chute des cheveux était arrêtée — en clairières. Il n’y avait donc pas décalvante totale, ce qui aurait pourtant pu expliquer l’aspect momentanément atypique de cette pelade et la rareté des cheveux peladiques. Contrairement aux autres pelades, elle n’a nullement commencé par une plaque initiale. Reste à savoir si cette pelade sera d'évolution incessante, comme l’a décrit Bazin.

Observation III :

La jeune malade N° 128.341, collégienne âgée de seize ans, vient consulter notre Maître, M. le Professeur Gougerot, à Saint-Louis, le même 14 décembre 1937. Elle aussi a une alopécie diffuse importante, survenue brusquement en septembre. L'examen montre une alopécie en clairières typiques qui fait invariablement suspecter la syphilis, diagnostic lourd de conséquences chez cette jeune fille de seize ans qui nous est amenée par une surveillante de son collège. Les téguments sont souples, criblés des orifices bien visibles des follicules pileux déshabités.

Le reste de l’examen complique le hote en montrant : 1° des lésions impétigineuses de la face datant de dix jours auparavant, pouvant simuler des syphilides impétigineuses, mais elles recouvrent des érosions banales sans papules; 2° des lésions papulopustuleuses acnéiformes du dos, occupant les régions séborrhéiques sans les déborder, survenues aux dires de la malade, en même temps que son alopécie et posant le diagnostic des syphilides acnéiformes; 3° de nombreux petits ganglions sous-maxillaires, sousmentaux, inguinaux droits, semblables à la micropolyadénopathie de la syphilis secondaire. Mais il n’y a pas irace de chancre, aucun gros sanglion, aucun souvenir de lésion vulvaire. Un examen à l’ultra-mi-

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