OBSERVATION IV
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çonné : alopécie en clairières est devenue dans l’esprit du praticien éclairé, synonyme d’alopécie syphilitique et l’erreur est faite immanquablement. Elle a failli étre commise en présence de la malade de notre observation II. Instruits par notre malade I, nous avions pourtant cherché les cheveux peladiques. Mais malgré un examen attentif, nous n’en avions découvert aucun et l'aspect était tellement syphiloïde, encore confirmé par l'existence d’une micropolyadénopathie de la nuque et d’un « impétigo » fort suspect de la face que nous étions fort tentés d'affirmer le diagnostic. Mais la jeunesse de la malade et la présence auprès d'elle d’une surveillante de son collège nous incitèrent à quelque prudence. Et c’est seulement le lendemain, devant le résultat négatif des réactions sanguines, que nous parvinmes à grand’peine à découvrir {rois cheveux peladiques typiques.
Mais ce symptôme lui-même n’est pas constant : chez notre malade IV, dont l’alopécie était pourtant discrète, localisée et. d'évolution lente, nous n’avons pu en découvrir. Il va sans dire que dans un cas semblable nous ne pouvons que soupçonner et non pas affirmer le diagnostic de pelade.
De toute façon, ces trois observations de pelade syphiloïde nous paraissent présenter un double intérêt ;
1° Un intérêt doctrinal. Elles nous montrent qu’une maladie aussi uniforme dans sa symptomatolagie habituelle que la pelade, peut pourtant se manifester sous un aspect absolument anormal. On, peut pour- ‘tant rattacher cette forme clinique aux variétés classiques de la pelade, en se rappelant que dans sa période prédécalvante, une pelade banale peut évoluer sous laspect d’une alopécie en clairières. Mais dans de tels cas, il s’agit de pelades graves dont la transformation en alopécie diffuse annonce l'évolution prochaine vers la décalvante totale. Or rien dé semblable dans nos observations. Les malades IT et II ont été revus en pleine amélioration et le malade IV complètément guéri;
2° Et surlout ‘un intérêt pratique. L’alopécie en “elairières que Sabouraud -— dont on ne saurait trop louer enseignement volontairement dépouillé--et schématique -— considérait comme « à elle seule caractéristique de la syphilis > est en réalité un symptôme {ronipeur.
Fournier soulignait que la roséole, les plaques muqueuses, ladénopathie de la syphilis secondaire n'avaient rien de caractéristique. Gougerot ajoutait, en 1921, que la leucomélanodermie du cou pouvait être exactement reproduite par des lésions non syphilitiques. L’alopécie en clairières n'est pas davanlage un symptôme pathognomonique. Xl faut donc se
garder de conclure cliniquement sur un symptôme de syphilis secondaire. Il faut surtout se garder, avant d’avoir la confirmation bactériologique ou sérologique, de proclamer un diagnostic dont la révélation, si elle est faite sans précaution, peut encore aujourd'hui entrainer les conséquences les plus dramatiques.
PATHOGENIE ET ETIOLOGIE
Dans cette thèse purement clinique, dont l’unique ambition est de préciser et mettre en évidence un aspect spécial de la pelade, nous n’avons pas l’intention de reprendre en détail la question de son étiologie et de sa pathogénie.
Le mécanisme pathogénique de la maladie paraît maintenant relativement bien connu et sa connaissance a permis de mettre en œuvre les thérapeutiques vaso-dilatatrices modernes.
Levy-Franckel, A.-C. Guillaume et Juster ont montré, en 1925, le rôle joué par la vaso-constriction spasmodique au niveau des plaques glabres et l’ont rattachée à l’hypertonie du sympathique, elle-même vraisemblablement liée à des perturbations endocriniennes. L'importance des troubles pigmentaires a été soulignée par Sabouraud. Suivant les travaux de Vilter, ces troubles pigmentaires dépendent eux
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aussi de lexagération du tonus du sympathique. Woringer a montré qu'ils intéressaient uniquement la région du bulbe pileux.
Mais quelle est l'infection, quel est le trouble humoral qui est à l’origine de cette vaso-constriction, de cette inhibition pigmentaire? Ce problème étiolosique est encore loin d’être élucidé.
La contagiosité de la pelade n’est plus admise aujourd’hui par les dermatologistes. Mais la nature parasitaire de cette alopécie a été affirmée pendant tout le ‘xix° siècle par l’école française, L'extension progressive des plaques, l'apparition de plaques secondes par « autoinoculation >» semblaient de solides arguments, de même que les « épidémies » qui sévissaient dans les écoles ou dont étaient rendus responsables les coiffeurs. Si bien que lorsque le mycologue Gruby attribua le porrigo decalvans au Microsporium AudoGuini qu'il avait découvert dans certaines teignes, toute l’école de Saint-Louis, à la suite de Bazin et malgré l'opposition de Cazenave, se rangea à son opinion. Mais cette théorie, qui paraissait si bien établie, fut ruinée aux environs de 1900 par les tentatives infructueuses d’inoculation de Jacquet et par les enquêtes de Sabouraud sur les « épidémies » de pelade, en réalité épidémies d’alopécies post-impétigineuses ou post-furonculeuses.
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La théorie trophonécrotique de Jacquet reposait sur une étude d'ensemble du terrain sur lequel survient la maladie. Hypotonie organique, troubles nerveux, etc, composaient le terrain beladique, prêt à réagir, sous l’aspect de l’alopécie en aires, aux excilations réflexe ayant pour point de départ une irritaüon externe ou interne (constipation, oxvurèse, etc. et surtout lésions gingivo-dentaires). Pour certaines des élèves de Jacquet il existait une stricte correspondance entre la dent malade et le siège de la plaque peladique. De telles exagéralions ont discrédité la théorie de Jacquet. Mais elle a eu le mérite de modifier la conception que l’on se faisait de la pelade. Jusawalors simple affection locale, elle devient à cette époque la traduction, le symptôme de modification de Pétat général, dont il reste à préciser la nature.
Le rôle de la syphilis dans l’étiologie de la pelade, était considéré par Sabouraud comme particulièrement important, surtout dans la pelade ophiasique de l’enfant. Il. est certain que l’on rencontre chez nombre de peladiques des stigmates évidents et en particulier des stigmates dentaires d’hérédo-syphilis. Même chez ces malades, qui ne représentent d’ailleurs qu’un certain pourcentage des cas de pelade, il est vraisemblable que le tréponème n’agit que par Pintcrmédiaire des lésions endocrino-sympathiques.
Ps 7 ES
L'étude de la pelade en clairières n’apporte pas de notions nouvelles sur l’étiologie de la pelade. Les deux malades de Milian présentaient des stigmates d’hérédo-syphilis.*Les nôtres paraissent indemnes de toute infection et leur étude ne permet d’incriminer aucune cause à l’origine de leur alopécie. +