SYMPTOMES DE LA PENDAISON
environ) que cette femme portait sur chaque bras. Une personne habitant en face de la tripière se décida enfin à parler, et elle raconta, qu’intriguée par la lumière qui brûlait chez sa voisine, elle l’avait observée et que celle-ci était restée toute la nuit, assise sur son lit, les bras croisés, se balançant dans un mouvement de va-et-vient perpétuel. L’origine des ecchymoses se trouvait ainsi expliquée.
Cette femme avait la cinquième vertèbre ouverte, comme les deux coquilles d’une huître entre-baillée; mais celle-ci était atteinte d’une raréfaction osseuse, commune chez les vieillards. Il n’y avait pas, du reste, de lésion de la moelle.
En Angleterre, où les condamnés à mort sont pendus, les fractures de la colonne vertébrale sont rares ; quand on les a signalées ça a été chez des vieillards, dont les os sont souvent raréfiés. Le peu de fréquence de ces fractures étonne d’autant plus que l’on connaît la brutalité qui préside aux exécutions capitales en Angleterre. Il n’y a pas dans tous les bourgs de bourreau officiel, le shériff est obligé de s’adresser à un individu de bonne volonté, qui le plus souvent en est à son premier essai. Le condamné est placé sur une trappe dont l’ouverture subite détermine une chute de trois ou quatre mètres. Quelquefois la corde casse, d’autrefois, comme je le disais tout à l’heure, la tête est séparée du tronc.
Conclusion. — En résumé, rappelez-vous que le mécanisme de la mort par pendaison est complexe ; quand on est pendu haut et court, correctement, tous les phénomènes que je viens de vous exposer sont instantanés; mais, lorsque la suspension est incomplète, l’un de ces mécanismes peut agir seul, et c’est souvent l’arrêt de la circulation qui prend alors le premier rang.
Symptômes de la pendaison. — Nous ne sommes guère renseignés à ce sujet par les pendus qui ont été rappelés à la vie : ils sont en général frappés d’amnésie et ne se souviennent de rien.
Ce que nous savons, nous le tenons en grande partie des
récils de personnes qui tentèrent l’expérience sur ellesmêmes, Fleichmann et certains acrobates anglais (1).
Quoi qu’il en soit on peut, d’après les dires de Fleichmann, distinguer trois phases :
Dans une première phase, qui dure une minute environ, le pendu ressent une vive chaleur à la tête, ses oreilles tintent, des éclairs fulgurants passent devant ses yeux; ensuite survient une lourdeur excessive des jambes. C’est là le signe typique sur lequel Fleichmann se fiait pour se faire dépendre ; à la lourdeur des jambes succède presque aussitôt la perte de connaissance. Il l’avait sentie et avait fait cesser la suspension au bout de deux minutes dans la première expérience, et de une demi-minute dans la seconde. « Taylor (2) cite encore le cas de mort, survenu en janvier 1840, de l’Américain Scott qui avait coutume de se pendre en public. Par une circonstance fortuite, il ne put interrompre son expérience et les spectateurs crurent qu’il la prolongeait pour leur plus grande satisfaction; on le laissa ainsi pendu treize minutes; et ce ne fut qu’après avoir été transporté à l’hôpital, au bout de trente-trois minutes, qu’il reçut de trop tardifs secours. Un fait pareil a été publié par le Dr Chowne concernant un individu du nom de Hornshaw. Avant de périr victime de son dangereux métier, celui-ci avait été précédemment rappelé à la vie en trois occasions dans lesquelles il avait pu rendre compte de ses sensations. Il disait avoir perdu connaissance presque tout à coup; il lui semblait qu’il ne pouvait reprendre sa respiration, qu’un grand poids était -attaché à ses pieds ; il ne pouvait faire pour se sauver aucun mouvement des bras et des jambes et avait perdu la faculté de penser. »
La perte de connaissance est donc extrêmement rapide. Bacon rapporte « qu’un gentilhomme à qui il prit fantaisie •de savoir si ceux que l’on pend souffraient beaucoup en fit
(1) Fleichmann (d’Erlangen), Des différents genres de mort par strangulation. [Ann. d'hygiène , lre série, t. VIII, p. 432.)
(2) Tardieu, Étude médico-légale sur la pendaison , la strangulation et la suffocation. Paris, 1879, 2e édit.