CONDITIONS DE L’EXPERTISE
expert doit éclairer ‘sous ce rapport la religion du magistrat instructeur. Il y a là, en effet, quelque chose qui surprend les personnes non prévenues de la possibilité de cette amnésie et qui les porte à admettre qu’elles se trouvent enprésence d’une simulation.
Enfin, Messieurs, il faut toujours rechercher sur le cou la trace du lien, le sillon.
Cette trace persiste un temps assez prolongé; on la retrouve après quinze jours, trois semaines, même un mois (1).
Je n’ai pas besoin de vous dire l'importance qu’acquiert cette recherche quand se soulève la question de simulation.
Conditions de l’expertise. — Avant d’aborder l’examen du cadavre, je désire, Messieurs, attirer votre attention sur les conditions dans lesquelles vous serez appelés à procéder à votre expertise.
A Paris et dans les grandes villes, le médecin légiste a rarement l’occasion de voir le cadavre d’un pendu pendant la suspension ; lorsqu’il est appelé à intervenir, le corps est presque toujours dépendu.
Il n’en est pas de même à la campagne où, grâce au préjugé populaire qui veut que l’autorité seule ait le droit de dépendre un individu, même lorsqu’il est encore vivant, le médecin légiste peut voir les choses dans l’état. L’origine de ce préjugé ou de cet usage remonte à des coutumes bien anciennes. Autrefois, au moyen âge, certains seigneurs ayant droit de haute et basse justice, pouvaient faire pendre les gens, qu’ils condamnaient en vertu de ce droit, non seulement au gibet, mais au premier arbre venu. Celui qui se serait avisé de décrocher un de ces pendus aurait risqué de prendre bientôt sa place.
Le droit de haute ou basse justice a été retiré aux seigneurs. Les gibets n’ont plus été dressés qu’aux portes des
(1) Observation 8.
villes ; ils ont disparu à leur tour; des siècles se sont écoulés, la légende a subsisté ; elle vous prouve avec quelle ténacité persistent dans l'esprit des masses populaires, les idées fausses qui s’y sont une fois incrustées.
C’est la chanson de Mac-Nab, si elle fait le tour de la France, qui parviendra peut-être à déraciner un préjugé plusieurs fois séculaire.
Vous trouverez donc la corde coupée, dans les villes, elle ne sera ordinairement pas coupée à la campagne.
Briand et Chaudé (1), M. lourdes (2) donnent le conseil de faire la description minutieuse de l 'état des lieux où le médecin légiste est appelé à expertiser. Je ne saurais trop vous mettre en garde contre ce conseil : Vous n’êtes pas le premier qui entrez dans la chambre ; avant vous, des parents, des voisins, le commissaire de police, le garde champêtre ou les gendarmes y ont pénétré ; toutes ces personnes ont déplacé les meubles ou les objets qui garnissaient la chambre; vous n’avez pas à. vous substituer au commissaire de police; rappelez-vous que tout dans le local où vous expertisez a pu être changé de place et, si vous êtes commis avec mission expresse de faire ces constatations, dites simplement : « Je suis arrivé tel jour, à telle heure, voici dans quel état était la chambre quand je m’y suis présenté ; » autrement vous vous exposeriez à ce que, aux assises, on vous oppose votre rapport, qui ne serait pas conforme aux constatations faites par les personnes qui ont observé avant vous.
Permettez-moi de vous donner un autre conseil. Méfiezvous des transports de justice, avec les magistrats. Un crime est commis à la campagne; les magistrats très aimablement emmènent le médecin dans leur voiture ; ils le retiennent à déjeuner. En route, les magistrats échangent leurs impressions, l’enquête commence, elle se déroule
(1) Briand et Chaude, Manuel de médecine légale , 10e édit., Paris, 1880.
(2) Tourdes, article Pendaison dans le Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales.