‹ La pendaison, la strangulation, la suffocation, la submersionChapitre 13 sur 48 · CONDITIONS DE L’EXPERTISE · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE L’EXPERTISE

devant vous ; le juge penche, soit pour le crime, soit pour le suicide; ne vous laissez pas influencer; restez dans la plus grande réserve ; n’entrez dans aucune explication et ne donnez pas, ce qui serait de la plus grande imprudence, votre opinion.

En effet, lorsque vous ferez l’autopsie, les lésions que vous constaterez pourront être en opposition formelle avec ce que vous croyiez d’abord être la vérité. Votre rapport ne cadrera plus avec ce que vous aviez dit au juge d’instruction. Vos premières impressions auront dirigé l’instruction dans une fausse voie.

Devergie a écrit que le médecin expert devait fermer les oreilles et ouvrir les yeux : je n’ajouterai qu’une chose à cet aphorisme : il doit aussi fermer la bouche.

Bien que suivant moi votre rôle ne soit pas d’établir l’état des lieux, l’examen des localités a une grande importance. On vous montrera le clou auquel l’individu s’est pendu. Vous devez mesurer avec le plus grand soin la distance qui sépare le sol de ce point; d’attache ; vous mesurerez également la taille du pendu, afin de vous rendre compte si le clou n’était pas placé trop haut et si dans ce cas l’individu n’a pas dû se servir d’une chaise ou d’un meuble pour accrocher le lien ; cette constatation permet de s’assurer de la possibilité d’un suicide ou de rejeter cette hypothèse.

Vous noterez la nature du lien : ce lien varie à l’infini. On s’est servi de mouchoirs, de foulards, de chemises, de manches de chemises, de cravates, de ceintures de cuir, de sangles, de cordes, de ficelles, etc. A côté de ces liens, qui n’ont rien que d’ordinaire, il y en a un certain nombre qui sont imprévus et sur lesquels je désire appeler votre attention ; car lorsque je vous parlerai de l’examen du sillon, vous verrez que certains de ces liens laissent une empreinte très visible, que d’autres, au contraire, n’en laissent pas ou donnent un sillon d’apparence bizarre, qui peut induire en erreur.

Une femme se pend, dans son lit, avec un bas de laine, il n’y a aucune trace de lien sur son cou.

Un cocher se pend, avec la ficelle mince qui forme la mè-

che de son fouet, à une certaine hauteur. Le corps tombe, la ficelle sectionne la peau, du sang est répandu et le médecin expert s’est demandé tout d’abord si, avant la pendaison, il n’y avait pas eu section du cou à l’aide d’un instrument tranchant. Il en est de même quand des individus se pendent à l’aide d’un fil de fer ou de cuivre.

Un homme se pend, dans le bois de Yincennes, à l’aide d’une branche d’arbre de 2 centimètres de diamètre environ; cette branche n’était donc pas très souple, elle n’avait pas laissé de sillon sur la totalité du cou : mais il y avait une empreinte, de distance en distance, formée sans doute par les noeuds de la branche et ressemblant aux traces qu’aurait pu laisser un collier de grosses perles (1).

Il est très important aussi de noter la nature du nœud.

Vous serez rarement appelés à constater l’existence du nœud, mais vous devrez en rechercher la forme toutes les fois que vous le pourrez. Il y a beaucoup de manières de

faire un nœud. Chaque profession a sa façon particulière de procéder ; les marins, les ouvriers qui ferment les sacs de blé, les tripiers, les emballeurs, les tapissiers, les co-

Nœud destiné à réunir les deux Nœud extrémités d’une même corde de

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