Cas de mort attribuée à un suicide par strangulation
— Le général Pichegru (1). — Le général Ch. Pichegru était depuis quelque temps détenu à la tour du Temple, au rez-de-chaussée. Le 15 germinal an XII (5 avril 1804), on l’avait vu bien portant, on lui avait servi le soir à souper, comme à l’ordinaire, et sur les dix heures du soir on avait fermé la porte de sa chambre dont on avait ôté la clef. Le factionnaire de garde assurait l’avoir entendu tousser et cracher plusieurs fois sur les trois heures et demie du matin.
Le 16 germinal (6 avril) au malin, lorsque le gardien Popon, sur les sept heures, vint allumer son feu, il ne l’entendit ni ne le vit remuer, et craignant qu’il ne fût arrivé quelque accident, il, alla prévenir le concierge Fauconnier, qui se rendit auprès de Ponsard, colonel de gendarmerie, avec lequel il alla avertir le citoyen Thuriot, juge chargé de l’instruction; on envoya chercher le commissaire de police de la division du Temple, qui, après avoir été introduit dans la chambre avec deux chirurgiens, Soupé et Fleury, rédigea un procès-verbal où il constata :
« Qu’il avait trouvé gisant sur un lit un cadavre du sexe masculin paraissant âgé de quarante à quarante-cinq ans (suit la description de l’individu). Ce cadavre avait autour du col une cravate de soie noire dans laquelle était passé un bâton de la longueur d’environ 40 centimètres et de 4 à 5 centimètres de circonférence, lequel bâton faisant tourniquet autour de ladite cravate, était arrêté par la joue gauche sur laquelle il reposait par l’un de ses bouts et ce qui avait produit un étranglement suffisant pour donner la mort. »
(1) Chaussier, Recueilde mémoires, consultations et rapports sur divers objets de médecine légale , Paris, Th. Barrois, 1824, et Recueil des pièces authentiques relatives au suicide de l'ex-général Pichegru , 28 pages, in-8°.
Aucune autre constatation sur la position du cadavre, l’état du lit, de la chambre, etc., n’a été consignée.
Rapport des experts. — Sur le vu de ce procès-verbal, le tribunal criminel spécial du département de la Seine chargea une commission composée de cinq de ses membres de se rendre au Temple pour constater si ledit Ch. Pichegru s’est suicidé la nuit dernière, et recueillir les renseignements relatifs à cet événement, et on nomma cinq chirurgiens et un médecin pour procéder à la visite du corps, et constater la cause de la mort, lesquels après s’être conformés à l’ordonnance (environ douze heures après la mort présumée) :
« Ont unanimement déclaré qu’ils s’étaient tous portés à ladite tour du Temple et avaient été conduits par le concierge à la chambre où était Charles Pichegru, ex-général;
« Qu’ils y avaient trouvé sur un lit un cadavre qu’ils avaient reconnu être du sexe masculin;
« Que l’homme mort leur avait paru âgé de quarante à quarante-cinq ans ;
« Que sa taille était d’un mètre soixante-dix-huit centimètres; « Qu’il avait les cheveux brun foncé, les sourcils de même couleur, arqués, le front large et chauve, lesfyeux gris bleu clair, le nez long, gros, épaté à son extrémité et creux à sa racine, la bouche moyenne, le menton rond et gras, le visage plein et brun, la tête forte, la poitrine large, Tes cuisses et jambes grêles en proportion du buste;
« Qu’après avoir examiné toute l’habitude du corps dudit cadavre, ils avaient remarqué une impression circulaire au col, large d’environ deux doigts, et plus marquée à la partie latérale gauche;
« Qu’il y avait strangulation ; qu’elle avait été faite à l’aide d’une cravate de soie noire fortement nouée, dans laquelle on avait passé un bâton, ayant 45 centimètres de long et 5 de pourtour, et qu’on avait fait de ce bâton un tourniquet, avec lequel ladite cravate avait été serrée de plus en plus, jusqu’à ce que ladite strangulation fût effectuée ;
« Qu’ils avaient ensuite remarqué que ledit bâton se trouvait reposé, par un de ses bouts, sur la joue gauche, et qu’en le tournant avec un mouvement irrégulier, il avait produit sur ladite joue une égratignure transversale d’environ 6 centimètres, s’étendant de la pommette (1) à la conque de l’oreille gauche ;
u Que sa face était ecchymosée, les mâchoires serrées et la langue prise entre les dents;
(1) Il y a par erreur pommelle dans l’imprimé.
« Que l 'ecchymose s’étendait sur toute l’habitude du corps;
« Que les extrémités étaient froides , les muscles et les doigts des mains fortement contractés;
« Qu’ils estimaient, d’après la position dans laquelle ils avaient trouvé le corps, et les observations qu’ils avaient faites et dont ils venaient de rendre compte, que l’individu dont ils avaient visité le cadavre et que le concierge leur avait dit être celui de l’ex-général Pichegru, s'était étranglé lui-même.
« Et ont signé : Didier, Soupé, Bousquet, Brunet, Fleury (chirurgiens), et Lesvignes (médecin). »
Rapport d'autopsie. — Le lendemain, 17 germinal, le corps fut transporté dans une salle du tribunal et les mêmes experts procédèrent à l’ouverture du corps. Voici la teneur de leur procès-verbal, qui fut déposé sur le bureau du tribunal (1) :
« Nous soussignés... nous sommes transportés salle du tirage des jurés, dépendante du tribunal spécial de la Seine, pour, en exécution du jugement rendu hier soir par ledit tribunal, qui nous nomme à cet effet, procéder à l’ouverture du corps de Charles Pichegru, ex-général, qui s'est suicidé , et constater l’état des parties internes ;
« Et après avoir fait ladite ouverture, en présence des deux juges et du substitut du commissaire, commis, par jugement de ce jour, pour y assister et à tous les actes qui en devaient être la suite ;
« Avons observé que tous les vaisseaux du cuir chevelu étaient gorgés de sang, la surface de la dure-mère injectée, le sinus longitudinal supérieur gorgé, surtout à sa partie inférieure et postérieure ;
« Que la dure-mère était légèrement adhérente et présentait une ossification dans le repli qui forme la fault [sic) du cerveau;
« Qu’il y avait une adhérence entre cette membrane et la superficie du cerveau ;
« Que la surface intérieure du cerveau était gorgée de sang, que la partie moyenne et supérieure du cerveau répondait aux adhérences précitées et présentait une surface muqueuse parsemée de petites glandes lymphatiques, desquelles découlait une matière blanchâtre.
« Que la surface du cerveau était de couleur ordinaire ;
« Qu’il n’y avait rien de particulier dans les ventricules, si ce n’est que le plexus choroïde était d’un rouge plus foncé ;
« Qu’il y avait une hydatide à la partie supérieure de la protubérance annulaire;
(I) Recueil , p. 20, et suiv.
« Que le cervelet n’offrait rien de particulier ;
« Qu’il y avait une graisse considérable dans le bas-ventre;
« Que les intestins présentaient une couleur d’un jaune brun;
« Que l’intérieur de l’estomac était phlogosé, mais sans érosion
« Que la vessie, les reins et autres viscères étaient dans l’état naturel;
« Que les deux lobes du poumon étaient gorgés de sang;
« Que le péricarde était sain ;
« Que l’œsophage dans toute sa longueur était parfaitement sain jusqu'à l'endroit du col où la strangulation s'est effectuée ; pourquoi nous continuons de penser que Charles Pichegru, ex-général, s’est suicidé par les moyens que nous avons indiqués dans le rapport du jour d’hier.
« FaitauPalais de Justice, en la salle ci-dessus indiquée, où nous avons opéré. — A Paris, le 17 germinal an XII.
« Signé : Lesvignes, Didier, Bousquet, Brunet, Fleury et Soupé. »
Résumé des observations de Chaussier. — Chaussier, dans la critique très acerbe qu’il fait de ces deux rapports, reproche d’abord aux experts d’avoir d’emblée adopté l’idée du suicide, suggérée par le commissaire de police, et de n’avoir appuyé celte idée sur aucune constatation sérieuse : Dans le premier rapport en effet, qui consiste uniquement dans la description de la visite extérieure du corps, il semblerait que les experts ont tout bonnement suivi la direction qu'on leur indiquait et adopté la prévention qu'on leur inspirait.
« Dans le premier rapport, fait le 16 germinal, les experts donnent un signalement très détaillé de la forme apparente du sujet, ce qui était ici fort inutile et étranger à leurs fondions; mais, ils négligent entièrement l’objet vraiment médical, ils ne parlent ni de l’état des yeux et des paupières, ni de la position ou attitude dans laquelle ils ont trouvé le corps; ils se bornent à dire qu’il était sur un lit, sans indiquer s’il était nu, recouvert ou habillé, et quelle était la disposition des choses environnantes.
« Ils disent avoir remarqué une impression circulaire autour du col, et dans un article subséquent ils font mention d 'une cravate de soye noire fortement liée dans laquelle on avait passé un bâton; mais avant de parler de celte impression circulaire sur le col, l’ordre exigeait certainement que l’on eût d’abord fait une description exacte de la manière dont cette cravate était disposée et nouée autour du col; il était aussi nécessaire de déterminer si cette impression circulaire se trouvait à la partie supérieure, moyenne ou inférieure du col; et quel était son enfoncement et surtout sa couleur. Ils disent
bien que cetle impression observée sur le col était plus marquée à la partie latérale gauche , mais celte apparence, qui a frappé les experts, dépendait-elle du changement de la couleur ou des plicatures de la peau? Une ligature serrée et conservée pendant quelques heures autour d’une partie d’un cadavre, y forme une dépression plus ou moins profonde, mais n’en retire pas la couleur. »
Chaussier reproche ensuite aux experts d’avoir confondu l’ecchymose et la lividité ; ils ont remarqué que la face était ecchymosée et que l’ecchymose s’étendait sur tout le corps ; il est évident qu’ils ont voulu dire que la peau avait une teinte violacée, livide, brunâtre, ce que l’on observe souvent dans la strangulation, mais ils ne pouvaient parler d’une extravasation ou infiltration du sang dans le tissu cellulaire, qui constitue l’ecchymose.
Il constate que les experts ont consigné le refroidissement des extrémités et la contraction des muscles et des doigts des mains ; mais ils n’ont pas recherché si le tronc ne conservait pas encore un certain degré de température, et si les muscles du col et du tronc n’avaient'point encore acquis la raideur cadavérique.
Abordant l'examen du second rapport, Chaussier s’étonne que les experts n’aient pas cru devoir indiquer, en peu de mots, quel était, à l’époque de cette seconde visite, l’état du cadavre, et noter de quelle façon on avait procédé à l’ouverture des cavités splanchniques. Il se demande si les experts ont considéré comme choses anormales, quant au contraire elles existent toujours chez l'adulte, l’adhérence de la dure-mère à la face interne des os du crâne; la connexion de la partie supérieure et moyenne du cerveau, surtout dans le voisinage du sinus longitudinal, avec la dure-mère au moyen de la pie-mère et de l’arachnoïde, enfin la présence de petites glandes lymphatiques, arrondies et blanchâtres, dans la méningine.
« L'intérieur de l'estomac était phlogosé, mais sans érosion , continue Chaussier; mais la phlogosé de l’estomac, quelque légère qu’on veuille la supposer, est une affection grave, douloureuse, qui produit de grands changements dans la physionomie, dans l’état des fonctions, et comme cette affection peut être déterminée par un poison, des experts, qui dans la visite d’un cadavre trouvent Y intérieur de l'estomac phlogosé , doivent examiner avec le plus grand soin l’état de ce viscère, la nature, la quantité des substances qu’il contient ; ils doivent prendre des informations exactes sur le régime habituel du sujet, sur les circonstances qui ont précédé sa mort; il faut recueillir toutes les substances contenues dans l’estomac, puis plonger celui-ci dans l’eau, le laver
afin de s’assurer si les vaisseaux qui rampent à sa surface sont engorgés. Les experts ne paraissent pas avoir fait toutes ces considérations, ils n’en parlent pas dans leur rapport.
« Enfin, ils rapportent que l'œsophage était parfaitement satUj jusqu'à l'endroit du col où la strangulation s'est effectuée. Ce point était le plus important, exigait des détails circonstanciés, et les experts laissent entièrement ignorer quel était dans cet endroit le mode d’altération de l’œsophage, quelle était son étendue et comment ils l’ont reconnue. Remarquons à ce sujet que l’œsophage ne commence qu’à la partie inférieure du larynx, un peu au-dessous de la partie moyenne du col, qu’il est appuyé sur le corps des vertèbres du col et protégé par diverses parties molles. Ainsi, il ne pouvait y avoir contusion, ecchymose, altération à l’œsophage sans que les parties molles qui le recouvrent n’en présentassent au moins quelques vestiges. De plus, la ligature que l’on dit avoir servi à la strangulation devait être placée audessous du larynx : ces objets si importants sont entièrement oubliés dans le rapport, auraient-ils donc échappé à l’attention des six experts? »
Arrivant ensuite aux conclusions des rapports, Chaussier considère ces deux questions : « L’individu dont il s’agit a-t-il été étranglé ou s’esl-il étranglé lui-même?»
« La solution de la première question appartenait entièrement aux experts. Eux seuls pouvaient et devaient démontrer d’après les phénomènes qui ont été reconnus dans la visite, que la strangulation a été la seule et véritable cause de mort: Mais le compte que les experts rendent de leurs observalions est inexact, incomplet, erroné dans quelques points, obscur dans d’autres, et s’il n’existait pas dans l'ensemble des circonstances d’autres motifs particuliers, on pourrait, avec raison, contester qu’il y ait eu strangulation, parce qu’on ne trouve point dans le rapport l’indication de tous les signes caractéristiques de ce genre de mort. >»
La réponse à la seconde question est beaucoup plus délicate et plus importante. La manière dont la strangulation a été opérée diffère essentiellement des procédés habituels à ce genre de suicide. « Il est possible, sans doute, que par le procédé qu’on indique, un homme qui en a la ferme volonté, s’étrangle lui-même ; cependant dans ce cas, l’impression faite par la cravate doit être peu marquée sur les muscles du col et encore moins sur l’œsophage. Mais il est possible aussi que le crime ait été commis par un autre, et comme dans les deux cas les effets sont presque absolument les mêmes, les experts peuvent bien assurer que dans
l’un et l’autre la mort a été produite par strangulation, parce qu’ils en trouvent les preuves certaines dans le cadavre, mais ils ne doivent point prononcer qu’il y a eu suicide, parce que l’examen seul du cadavre ne peut leur en fournir la certitude. Ils peuvent tout au plus ajouter dans leur rapport, que d’après les circonstances particulières qui leur ont été communiquées ou qu’ils ont recueillies, il leur paraît probable que l’individu s’est luimême procuré la mort. »
2. Strangulation à l'aide d’un cache-nez. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. E. Desjardins, substitut de M. le procureur de la République, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre de B... (Julien), âgé de dix ans, serment préalablement prêté, ai procédé le 29 février 1879, à l’autopsie du cadavre de cet enfant, à l’effet de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit.
Le cadavre est celui d’un enfant, assez vigoureux, paraissant âgé d’une dizaine d’années. Les dents incisives du maxillaire supérieur de la première dentition sont tombées, celles qui doivent les remplacer ont percé la gencive.
La rigidité cadavérique a presque complètement disparu, la putréfaction n’est pas commencée.
Sur le front, la partie inférieure du cou, et la région supérieure et antérieure de la poitrine, la peau présente une couleur rouge, pointillée par une quantité innombrable de. fines ecchymoses sanguinolentes. Ces plaques de rougeur ne sont pas diffuses, elles sont très nettement délimitées. Au front elles occupent la région médiane et sont disposées en forme de stries verticales, de 1 centimètre environ, séparées par des lignes blanches de même largeur.
Au cou les lignes pointillées sont obliques de haut en bas et de gauche à droite, mais elles n’ont pas la netteté des lignes du front.
Sur la région antérieure et supérieure de la poitrine, la plaque de rougeur est sans lignes analogues, mais elle s’arrête brusquement et suit une direction générale oblique de haut en bas et de gauche à droite.
Les autres régions du corps ne présentent rien d’analogue, et sur aucun point, notamment sur les bras, on ne constate ni ecchymose, ni contusion.
Les paupières sont gonflées, les conjonctives palpébrales sont tachées d’ecchymoses si nombreuses qu’elles sont presque couleur de sang.
Les lèvres sont bleues, la langue est appliquée contre la face postérieure des arcades dentaires, sa muqueuse est intacte. Les gencives sont blanches, non ecchymoliques.
Les muscles de la région antérieure de la poitrine contiennent un grand nombre de petites suffusions hémorrhagiques.
Le tissu cellulaire sous-épicrânien ne renferme pas d’ecchymose. Le périoste du pariétal droit et de la moitié droite du frontal sont criblés de fines ecchymoses. Le tissu osseux de celle région est lui-même très congestionné.
Les os du crâne ne sont pas fracturés.
Les sinus de la dure-mère sont remplis d’un sang noir, non coagulé. Les vaisseaux de la pie-mère sont injectés et dessinent de fines arborisations.
L’encéphale est un peu congestionné. La substance grise est très colorée. On ne trouve aucune lésion en foyer. Le quatrième ventricule, l’aqueduc de Sylvius ne présentent pas d’ecchymoses.
Le larynx, la trachée artère, les grosses bronches contiennent une très faible quantité de mucus visqueux, aéré par quelques fines bulles de gaz.
Dans les plèvres il n’y a pas d’épanchement. Sur les deux sommets des poumons on trouve de chaque côté trois petites ecchymoses sous-pleurales, et sous la plèvre qui sépare le lobe moyen du lobe inférieur, une petite sutfusion sanguine. La cavité pleurale gauche n’existe plus dans le tiers inférieur, les plèvres sont réunies par des adhérences, résultat d’une ancienne pleurésie. Il n’y a pas d’emphysème sous-pleural.
La section des poumons montre des zones très distinctes comme coloration, les unes rouge vermillon, les autres d’un rouge plus foncé. Les poumons ne renferment pas de noyaux apoplectiques.
Dans le péricarde, il y a peu de liquide, sur l’auricule on voit huit à dix petites ecchymoses sous-péricardiques extrêmement fines.
Les cavités du cœur renferment du sang noir et fluide, à peine quelques caillots mous. Les valvules sont saines. L’endocarde n’est pas ecchymolique.
L’estomac est rempli de matières alimentaires non digérées (pain et morceaux de pommes de terre).
Le foie paraît sain. La rate est petite. Les reins sont très congestionnés, ils se décortiquent facilement.
La vessie est rétractée, elle contient une petite quantité de liquide.
L’anus est extrêmement dilaté. Il ne renferme pas de matières
fécales. Il ne présente pas d’écorchure ou de traces de contusion. 11 semble un peu déformé et enfoncé, mais le relâchement des parties qui suit naturellement la mort ne permet pas d’attribuer à ces caractères la valeur qu’ils auraient si on les avait constatés sur un individu vivant.
Examen d'un paquet de vêtements comprenant : 1° Une paire de souliers. 2° Un cache-nez avec une bretelle. 3° Un gilet de laine. 4° Un veston d’alpaga. 5° Une paire de bas. 6° Un pantalon en velours marron. 7° Un mouchoir blanc. 8° Une chemise blanche.
Examen de la chemise. — Sur le pan antérieur de la chemise, nous avons remarqué une petite tache de forme ovalaire et de couleur gris jaunâtre à bords assez nettement délimités.
Sur le pan postérieur , nous avons constaté trois petites taches lenticulaires également de couleur gris jaunâtre, d’apparence gommeuse.
Nous avons détaché avec des ciseaux propres un échantillon de chacune de ces taches et nous l’avons mis au contact de quelques gouttes d’eau distillée.
Après un temps suffisant pour la macération, nous avons examiné avec soin au microscope le liquide provenant de l’imbibition de ces taches (oculaire Verick n° 2, objectif n° 3).
Malgré un examen attentif et prolongé nous n’avons pas trouvé les éléments caractéristiques du sperme, c'est-à-dire de spermatozoïdes entiers ou brisés.
Les taches examinées ne sont donc pas des taches de sperme. Conclusions. — 1° Les lésions que l’on constate sur le cadavre de B... (Julien) sont celles de la strangulation.
2° L’absence de sillon autour du cou doit faire admettre que le lien a dû être d’une certaine largeur, d’étoffe souple, peu coupant, tel qu’un mouchoir ou un cache-nez.
3° La limitation des zones ecchymotiques observées sur le front et la région supérieure et antérieure de la poiLrine peut s’expliquer par la compression opérée par les sacs sous lesquels B... aurait été trouvé, cette compression étant inégalement répartie sur les différentes régions du corps.